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29 septembre 2026

Musique : The Walkmen, un rock entre urgence et mélancolie

 







  The Walkmen appartient à cette génération de groupes new-yorkais qui, au début des années 2000, ont redonné au rock indépendant une énergie particulière, entre guitares nerveuses, claviers vintage et atmosphères parfois mélancoliques. Formé à New York en 2000 par Hamilton Leithauser, Paul Maroon, Walter Martin, Peter Bauer et Matt Barrick, le groupe réunit notamment d’anciens membres de Jonathan Fire*Eater et de The Recoys. Très vite, les Walkmen développent une identité reconnaissable, portée par le piano, l’orgue, une production volontairement organique et surtout la voix rauque et fiévreuse de Leithauser. Le premier album, Everyone Who Pretended to Like Me Is Gone, paraît en 2002. Le disque révèle déjà un groupe qui refuse de se contenter du simple revival garage alors très présent dans la scène new-yorkaise. Les Walkmen préfèrent installer des climats, jouer sur les silences et laisser leurs instruments donner une couleur presque ancienne à leurs compositions. Avec Bows + Arrows, sorti en 2004, cette personnalité devient beaucoup plus évidente. L’album contient notamment The Rat, morceau explosif devenu l’un des titres emblématiques du groupe. La chanson condense parfaitement leur style : une batterie tendue, des guitares abrasives et un Hamilton Leithauser qui semble chanter au bord de la rupture. Au fil des albums, The Walkmen va pourtant progressivement ralentir son tempo et privilégier une écriture plus nuancée. A Hundred Miles Off en 2006 puis You & Me en 2008 témoignent de cette évolution. Le groupe conserve son caractère rock, mais laisse davantage de place aux arrangements, aux mélodies et aux émotions contenues. You & Me marque particulièrement cette période avec une musique plus ample et plus contemplative, capable de passer d'un morceau nerveux à une ballade presque fragile sans perdre son identité. Avec Lisbon, en 2010, les Walkmen poursuivent cette recherche d’un son plus chaleureux. L’album mêle leurs instruments vintage à des compositions plus ouvertes, avec notamment Angela Surf City, Blue as Your Blood et While I Shovel the Snow. Le groupe semble alors avoir trouvé un équilibre entre son énergie des débuts et une forme de maturité beaucoup plus posée. Heaven, publié en 2012, représente une nouvelle étape. Le disque conserve les tensions caractéristiques des Walkmen mais laisse apparaître davantage de lumière et de sérénité. We Can't Be Beat, Love Is Luck, The Witch ou encore le titre Heaven montrent un groupe moins obsédé par la colère et la désillusion. La voix de Leithauser reste immédiatement reconnaissable, mais les arrangements deviennent plus lumineux. L’album donne l’impression d’un groupe qui regarde derrière lui avec davantage de recul. Après cette période, The Walkmen entre en pause à partir de 2013, tandis que plusieurs de ses membres développent des projets personnels. Cette interruption n’efface pourtant pas leur influence sur le rock indépendant américain des années 2000. Le groupe s’est également retrouvé sur scène au cours des années 2020, renouant avec son public après plusieurs années d’absence.


  Ce qui rend The Walkmen si particulier tient finalement à ce mélange assez rare entre urgence et fragilité. Derrière les guitares, les orgues et les batteries parfois déchaînées, il y a toujours cette impression de chercher quelque chose : une époque disparue, une relation qui s’éloigne, une amitié à préserver ou simplement un peu de lumière au milieu du tumulte. Hamilton Leithauser possède une voix immédiatement identifiable, mais c’est surtout la manière dont le groupe construit ses chansons qui marque durablement. The Walkmen n’a jamais cherché à devenir le plus spectaculaire des groupes de sa génération ; il a préféré développer un univers personnel, rugueux, élégant et profondément humain. De The Rat à Heaven, son parcours ressemble ainsi à une longue traversée entre colère, nostalgie et apaisement, avec cette capacité précieuse à transformer les failles et les incertitudes en magnifiques chansons de rock.



Musique : Electric Six, l’improbable rencontre du punk et du disco

 







  Electric Six est un groupe américain originaire de Detroit, formé au milieu des années 1990 autour du chanteur Dick Valentine. Leur musique mélange garage rock, punk, disco, dance-rock et électro, avec une bonne dose d’humour et de provocation. Dès ses débuts, le groupe développe un style énergique et théâtral, aussi efficace sur scène que décalé dans ses textes. C’est en 2003 qu’Electric Six connaît son véritable succès avec l’album Fire. Deux titres vont particulièrement marquer les esprits : Danger! High Voltage et Gay Bar. Avec leurs riffs accrocheurs, leurs rythmiques dansantes et leurs paroles volontairement provocatrices, les deux morceaux deviennent rapidement les signatures du groupe. Plutôt que de disparaître après ce succès, Electric Six poursuit une carrière particulièrement prolifique. Des albums comme Señor Smoke, Switzerland ou Flashy montrent que le groupe ne souhaite pas se limiter à la formule de Fire. Leur discographie explore différentes influences tout en conservant cette combinaison de guitares nerveuses, de rythmes dansants et d’arrangements volontairement excessifs. La personnalité de Dick Valentine joue également un rôle essentiel dans l’identité du groupe. Son chant reconnaissable et son attitude théâtrale renforcent le côté spectaculaire d’Electric Six, particulièrement visible lors des concerts. Derrière l’apparente folie de certaines chansons se cache cependant un groupe musicalement solide, capable de composer des morceaux immédiatement identifiables.


  Electric Six est finalement un groupe difficile à classer, et c’est précisément ce qui fait son charme. Entre garage rock, punk et disco, la formation de Detroit a construit un univers aussi énergique qu’irrévérencieux. Loin de se résumer aux tubes de Fire, Electric Six a développé une carrière longue et abondante, toujours guidée par le goût du spectacle, de l’humour et des mélanges musicaux improbables. Un groupe définitivement à part, capable de faire danser tout en envoyant quelques bonnes décharges électriques.



Culture : La bataille de Kolwezi, l’opération qui marqua la Légion étrangère

 







  En mai 1978, la ville de Kolwezi, au cœur de la riche région minière du Shaba, dans le sud-est du Zaïre, devient le théâtre d’une crise aussi brutale que spectaculaire. Des rebelles katangais prennent le contrôle de la ville et les violences éclatent rapidement contre la population civile. Des milliers d’Européens et d’Africains se retrouvent pris au piège dans une ville devenue dangereuse, tandis que les autorités zaïroises peinent à reprendre le contrôle de la situation. Kolwezi, aujourd’hui située en République démocratique du Congo, va alors entrer dans l’histoire militaire contemporaine.


  La ville est occupée le 13 mai 1978 par des combattants katangais. Les massacres et les exactions qui suivent provoquent une véritable panique parmi les habitants étrangers. Le gouvernement français reçoit des informations alarmantes provenant notamment de son ambassadeur et de sa mission militaire sur place. Le président Valéry Giscard d’Estaing décide finalement de faire intervenir les forces françaises afin de porter secours aux ressortissants menacés. La mission est confiée au 2e régiment étranger de parachutistes, le célèbre 2e REP de la Légion étrangère, commandé par le colonel Philippe Erulin. L'opération reçoit le nom de « Bonite », tandis que l'ensemble de l'intervention française est également désigné sous le nom d'« opération Léopard ». Le temps presse : les rebelles envisagent de quitter Kolwezi en emmenant avec eux des Européens et en détruisant les installations industrielles de la région. Les légionnaires sont donc préparés dans l'urgence. Depuis la France, ils rejoignent Kinshasa avant de poursuivre leur route vers Kolwezi, à près de 8 000 kilomètres de leur base.


  Les premiers parachutistes sautent sur Kolwezi le 19 mai. L'effet de surprise est considérable. Les différentes compagnies du 2e REP progressent rapidement dans la ville malgré la résistance de groupes rebelles. Une seconde vague est larguée le lendemain afin de renforcer le dispositif et de prendre le contrôle d'autres secteurs. Les combats sont particulièrement violents autour de plusieurs points stratégiques, notamment l'hôtel Impala et l'hôpital. Le 20 mai au soir, Kolwezi est considérée comme sécurisée.


  L'intervention française n'est cependant qu'une partie de l'opération. Les parachutistes belges arrivent eux aussi dans la région, principalement afin de participer à l'évacuation des ressortissants européens. En quelques jours, plus de 2 000 Européens sont évacués. Derrière cette réussite, la réalité humaine demeure terrible : les rues de Kolwezi portent les traces des massacres et les pertes civiles sont importantes, parmi les populations européennes comme zaïroises. Le ministère français des Armées estime notamment à environ 120 le nombre d'Européens tués et à près de 500 celui des Zaïrois, civils et militaires, morts durant les événements. Les combats ne s'arrêtent d'ailleurs pas immédiatement après la reprise de la ville. Les légionnaires effectuent des reconnaissances autour de Kolwezi et affrontent encore des groupes katangais dans plusieurs secteurs. Une partie des rebelles finit par se replier vers l'Angola. Une force africaine composée notamment de soldats marocains, gabonais, ivoiriens, sénégalais et togolais prend ensuite progressivement le relais des forces françaises. Pour le 2e REP, le bilan est lourd : cinq légionnaires sont tués et plusieurs autres sont blessés. L'opération montre cependant la capacité de l'armée française à projeter très rapidement une unité aéroportée à des milliers de kilomètres de la métropole et à lui faire reprendre le contrôle d'une ville en situation de crise. Kolwezi devient ainsi un épisode majeur de l'histoire des interventions extérieures françaises et contribue à renforcer la réputation opérationnelle des unités parachutistes.


  La bataille de Kolwezi reste néanmoins une histoire plus complexe qu'une simple victoire militaire. Elle s'inscrit dans la guerre du Shaba, dans les tensions politiques du Zaïre de Mobutu et dans le contexte international de la guerre froide. L'intervention française répond à une urgence humanitaire et à la volonté de sauver des ressortissants, mais elle intervient également dans une région stratégique où se mêlent intérêts miniers, rivalités régionales et affrontements politiques. C'est cette combinaison d'enjeux humains, militaires et géopolitiques qui donne à Kolwezi une place particulière dans l'histoire africaine et française de la fin des années 1970.


  Aujourd'hui encore, Kolwezi demeure associée dans la mémoire militaire française au parachutage du 2e REP et à l'opération Bonite. Les photographies prises pendant les combats, notamment celles du photojournaliste Patrick Chauvel, ont contribué à fixer dans les mémoires les images de cette intervention. Près d'un demi-siècle plus tard, Kolwezi reste ainsi l'un des épisodes les plus connus de l'histoire contemporaine de la Légion étrangère et un témoignage saisissant des interventions militaires menées dans le contexte tourmenté de l'Afrique des années 1970.


  La bataille de Kolwezi appartient à ces épisodes historiques où quelques jours suffisent à bouleverser durablement les mémoires. En mai 1978, une ville minière du Zaïre devient le centre d'une crise internationale et voit intervenir des parachutistes français, belges et zaïrois dans une opération marquée à la fois par les combats, les massacres et l'évacuation de milliers de personnes. Kolwezi demeure aujourd'hui un événement incontournable pour comprendre l'histoire militaire française, la guerre du Shaba et les bouleversements qui traversaient l'Afrique centrale à la fin des années 1970.



Culture : Camerone, ou la naissance d’un mythe militaire












  Le 30 avril 1863, dans la chaleur écrasante du Mexique, une petite compagnie de la Légion étrangère se retrouve face à une force mexicaine très largement supérieure en nombre. Le combat de Camerone, également appelé bataille de Camarón, va devenir l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire de la Légion. À l’époque, la France de Napoléon III mène au Mexique une expédition destinée notamment à soutenir l’installation d’une monarchie autour de l’archiduc Maximilien de Habsbourg. Les troupes françaises assiègent alors Puebla, tandis que la Légion est chargée de protéger les convois qui empruntent la route reliant Veracruz à l’intérieur du pays.


  Le 29 avril, le colonel Jeanningros apprend qu’un important convoi transportant notamment de l’argent, des munitions et du matériel de siège doit rejoindre Puebla. Le capitaine Jean Danjou reçoit la mission de partir en reconnaissance avec la 3e compagnie du Régiment étranger. Dans la matinée du 30 avril, après plusieurs kilomètres de marche, les légionnaires sont surpris par les forces mexicaines. Danjou comprend rapidement qu’un affrontement est inévitable. Après avoir repoussé plusieurs attaques de cavalerie, il choisit de se retrancher dans une ancienne auberge de l’hacienda de Camerone, bâtiment entouré d’un mur qui offre une position défensive relativement favorable. La disproportion des forces est considérable. Les légionnaires sont une soixantaine tandis que les troupes mexicaines engagées autour d’eux sont estimées à environ 2 000 hommes. Danjou refuse de se rendre et fait promettre à ses hommes de continuer le combat jusqu’à leur dernière possibilité de résistance. Pendant des heures, sous une chaleur intense et alors que les vivres et l’eau viennent à manquer, les défenseurs tiennent leur position. Le capitaine Danjou est tué au cours de la bataille, puis le sous-lieutenant Vilain. Le commandement revient finalement au sous-lieutenant Maudet.


  Lorsque les Mexicains parviennent finalement à pénétrer dans l'auberge, les derniers survivants sont presque à bout de forces. Ils continuent pourtant à combattre jusqu'à l'extrême limite. Quelques hommes seulement restent debout lorsque les combats cessent. Un officier mexicain intervient alors pour empêcher leur mise à mort et accepte leur reddition à condition qu'ils puissent conserver leurs armes et que leurs blessés soient pris en charge. Cet épisode donnera à Camerone une dimension particulière dans la mémoire militaire française : celle d’un combat perdu sur le plan tactique mais transformé en symbole de fidélité à une mission et à la parole donnée. Le bilan humain est terrible. La quasi-totalité des légionnaires engagés sont tués ou blessés et les survivants sont faits prisonniers. Les sources de la Légion attribuent aux Français environ 300 morts et autant de blessés du côté mexicain, même si les chiffres exacts des pertes mexicaines doivent être considérés avec prudence. Napoléon III décide ensuite que le nom de Camerone figurera sur le drapeau du Régiment étranger et que les noms de Danjou, Vilain et Maudet seront inscrits en lettres d’or aux Invalides.


  Camerone aurait pu rester un épisode parmi d’autres de l’expédition française au Mexique. Il va pourtant prendre une place exceptionnelle dans la culture de la Légion étrangère. Chaque 30 avril, le récit du combat est traditionnellement lu devant les légionnaires lors d’une cérémonie solennelle. La commémoration est devenue un moment majeur de la vie de la Légion et permet de transmettre aux nouvelles générations les notions d’honneur, de fidélité et de solidarité associées à cet épisode. Une autre relique est devenue indissociable de cette histoire : la main articulée du capitaine Danjou. Ayant perdu une main à la suite d’un accident avant la campagne du Mexique, l’officier possédait une prothèse en bois. Disparue après le combat, elle fut retrouvée deux ans plus tard et rachetée par un lieutenant autrichien. Elle est aujourd’hui conservée au Musée de la Légion étrangère à Aubagne. Lors des cérémonies de Camerone, sa représentation ou sa présence symbolique rappelle la mémoire du capitaine et de ses hommes. Sur le lieu du combat, au Mexique, un monument fut érigé en 1892. Camerone continue ainsi de vivre dans deux mémoires qui se croisent : celle de l’histoire militaire française et celle de la Légion étrangère, qui en a fait l’un de ses principaux symboles. Plus qu’une simple bataille, l’événement est devenu un récit transmis de génération en génération, où se mêlent la dureté de la guerre, le sacrifice des combattants et la volonté de rester fidèle à une mission malgré une situation devenue presque désespérée.


  Camerone appartient aujourd’hui à cette catégorie particulière d’événements historiques dont l’importance dépasse largement leur résultat militaire. La bataille fut brève à l’échelle d’une campagne, mais son souvenir a traversé plus de 160 ans. Chaque 30 avril, le nom de Camerone revient ainsi dans les cérémonies de la Légion étrangère, rappelant le combat de ces hommes du 30 avril 1863 et la place considérable que cet épisode occupe dans l’identité historique et mémorielle de la Légion.



Santé : La procrastination, entre stress, peur et manque de motivation

 







  La procrastination est cette tendance à repousser une tâche à plus tard, parfois alors même que l’on sait parfaitement qu’elle devra être réalisée. Répondre à un message, remplir un document, ranger une pièce, commencer un travail important ou simplement prendre une décision : certaines obligations peuvent rester de côté pendant des heures, des jours, voire beaucoup plus longtemps. Ce comportement est extrêmement courant et ne signifie pas nécessairement que l’on est paresseux ou dépourvu de volonté.


  La procrastination est souvent liée à ce que l’on ressent au moment où une tâche se présente. Une activité peut sembler trop difficile, ennuyeuse, contraignante ou anxiogène. La repousser procure alors une petite sensation de soulagement immédiat. Pendant quelques instants, la pression disparaît et l’on peut se consacrer à quelque chose de plus agréable. Le problème est que cette satisfaction à court terme peut renforcer l’habitude de remettre les choses à plus tard. Certaines tâches sont particulièrement propices à la procrastination lorsqu’elles sont associées à la peur de mal faire. Le perfectionnisme peut ainsi jouer un rôle important : vouloir produire un résultat impeccable peut rendre le simple fait de commencer particulièrement difficile. Chez certaines personnes, l’ampleur d’un projet donne également l’impression qu’il est impossible à terminer. Face à cette montagne de choses à accomplir, le cerveau préfère parfois éviter le problème plutôt que de s’y confronter.


  Les conséquences peuvent progressivement devenir pesantes. Une tâche repoussée ne disparaît généralement pas : elle revient dans les pensées, accompagnée parfois de culpabilité ou d’inquiétude. Lorsque plusieurs obligations s’accumulent, la sensation de débordement peut augmenter et rendre encore plus difficile le passage à l’action. Un cercle peut alors s’installer : on évite parce que l’on se sent stressé, puis l’accumulation augmente le stress qui pousse à éviter davantage.


  La procrastination peut aussi perturber le sommeil lorsque les tâches non réalisées occupent l’esprit le soir. Elle peut compliquer l’organisation quotidienne et donner l’impression de manquer constamment de temps. Pourtant, le temps disponible n’est pas toujours le véritable problème. Il arrive surtout que l’énergie mentale nécessaire pour commencer une activité soit devenue trop importante.


  Pour sortir progressivement de ce fonctionnement, il peut être utile de réduire la taille de la première étape. Plutôt que de se dire « je dois tout terminer », on peut simplement décider de travailler quelques minutes, d’ouvrir le document concerné ou de réaliser une seule petite action. Le fait de commencer permet souvent de rendre la tâche moins impressionnante. Les objectifs réalistes sont également plus faciles à maintenir que les changements radicaux. Il peut aussi être intéressant d’identifier ce que l’on cherche réellement à éviter. Est-ce l’ennui ? La peur de l’échec ? Une difficulté particulière ? La fatigue ? Une tâche que l’on ne comprend pas ? Mettre un mot sur le blocage permet parfois de trouver une solution adaptée. Dans certaines situations, parler de ses difficultés avec un professionnel de santé peut également être pertinent, notamment lorsque la procrastination devient très importante et perturbe durablement la vie quotidienne.


  La procrastination n’est donc pas simplement une mauvaise habitude que l’on pourrait faire disparaître en se forçant davantage. Elle peut être liée à nos émotions, à notre manière de percevoir une tâche et à notre recherche naturelle d’un soulagement immédiat. La comprendre permet déjà de prendre un peu de recul. Et souvent, le changement ne commence pas par une grande résolution, mais par une toute petite action : faire aujourd’hui ce que l’on pensait encore remettre à demain.



28 septembre 2026

Santé : La morphine, soulager la douleur, au prix de la vigilance

 







  La morphine occupe une place particulière dans l’histoire de la médecine. Extraite de l’opium, elle est devenue au fil du temps l’un des médicaments les plus puissants utilisés pour soulager les douleurs importantes. Son nom évoque souvent les situations les plus graves, mais son utilisation médicale est beaucoup plus large : elle peut notamment être prescrite lorsque des douleurs intenses ne sont pas suffisamment contrôlées par des antalgiques moins puissants.


  La morphine appartient à la famille des opioïdes. Elle agit principalement sur certains récepteurs présents dans le système nerveux, en diminuant la perception de la douleur et la réaction émotionnelle qu’elle provoque. Elle ne fait donc pas simplement « disparaître » une douleur : elle modifie la manière dont le cerveau et l’organisme la ressentent. Cette propriété explique son efficacité dans certaines douleurs aiguës, postopératoires ou liées à des maladies graves, notamment certains cancers. Son utilisation demande toutefois une grande précision. La dose est adaptée au patient, à l’intensité de la douleur et à la forme de morphine utilisée. Une somnolence, des nausées, des vomissements, des démangeaisons ou surtout une constipation peuvent apparaître. Une diminution excessive de la vigilance et de la respiration constitue en revanche une complication beaucoup plus grave. C’est pourquoi les traitements morphiniques nécessitent une surveillance médicale attentive. La morphine peut également entraîner une dépendance physique lorsque le traitement se prolonge. Cette dépendance ne signifie pas automatiquement qu’une personne est « addict » : l’organisme peut simplement s’habituer au médicament et réagir à une diminution trop rapide. Les opioïdes peuvent néanmoins aussi provoquer un trouble de l’usage avec perte de contrôle et envie irrépressible de consommer. Ces risques expliquent pourquoi un traitement ne doit pas être augmenté, diminué ou arrêté brutalement sans avis médical.


  Le danger le plus sérieux est le surdosage. Une quantité excessive de morphine peut provoquer une profonde somnolence, une perte de conscience puis une dépression respiratoire pouvant mettre la vie en danger. Le risque augmente notamment lorsque les opioïdes sont associés à certaines substances ou médicaments dépresseurs du système nerveux central, et l’alcool peut également aggraver le risque d’insuffisance respiratoire. Face à une surdose d’opioïdes, la naloxone constitue l’antidote de référence. Elle peut rapidement inverser les effets respiratoires des opioïdes et permettre de gagner du temps avant l’arrivée des secours. En France, des kits de naloxone sont disponibles dans certaines situations à risque, notamment en pharmacie et à l’hôpital. La morphine illustre ainsi toute l’ambivalence de certains médicaments puissants : une substance capable de provoquer de graves intoxications peut également transformer la prise en charge d’une douleur insupportable. Son intérêt médical ne repose donc pas sur sa puissance seule, mais sur son utilisation adaptée, avec une prescription, une dose et une surveillance correspondant à la situation du patient. Les recommandations françaises cherchent précisément à préserver l’accès aux opioïdes pour les personnes qui en ont besoin tout en limitant les risques de mésusage, de dépendance et de surdose.


  La morphine reste finalement l’un des symboles les plus frappants de la médecine moderne : issue d’une substance ancienne, elle est devenue un outil thérapeutique extrêmement précis lorsqu’elle est correctement utilisée. Elle peut apporter un soulagement considérable lorsque la douleur devient difficile à maîtriser, mais sa puissance impose le respect des prescriptions et une véritable vigilance. Entre médicament indispensable et produit potentiellement dangereux, la morphine rappelle qu’en médecine, l’efficacité d’une substance va souvent de pair avec la nécessité de savoir parfaitement l’utiliser.



Musique : The Dandy Warhols, une autre vision du rock alternatif

 







  Formé à Portland, dans l’Oregon, au début des années 1990, The Dandy Warhols s’est rapidement distingué par une musique à la fois rock, psychédélique, pop et volontiers provocatrice. Autour de Courtney Taylor-Taylor, figure centrale du groupe, les Dandy Warhols développent un son reconnaissable, fait de guitares souvent vaporeuses, de rythmiques hypnotiques et d’une certaine nonchalance qui deviendra l’une de leurs signatures. Leur nom lui-même joue avec l’histoire de l’art et la culture populaire, en référence à Andy Warhol, comme pour annoncer un groupe qui entend brouiller les frontières entre rock indépendant et univers plus accessible.Après plusieurs années passées à se construire une réputation sur la scène alternative américaine, le groupe connaît une véritable reconnaissance avec ...The Dandy's Rule OK? en 1995, puis surtout avec Dandy's Rule OK? et The Dandy Warhols Come Down, paru en 1997. Ce dernier contient notamment « Not If You Were the Last Junkie on Earth », morceau aussi ironique qu'efficace, qui contribue à faire connaître leur style au-delà du cercle de la scène indépendante. Mais c’est véritablement au tournant des années 2000 que leur popularité explose. En 2000, Thirteen Tales from Urban Bohemia marque un tournant majeur dans leur carrière. L’album mélange rock psychédélique, pop, garage et longues textures sonores avec une remarquable facilité. « Bohemian Like You » devient leur morceau emblématique : sa guitare immédiatement identifiable, son refrain accrocheur et son attitude légèrement insolente en font l’un des titres les plus marquants du rock alternatif de cette période. Le morceau connaîtra une nouvelle vie grâce à son utilisation dans plusieurs publicités et productions audiovisuelles, faisant découvrir les Dandy Warhols à un public beaucoup plus large. L’univers du groupe ne se limite pourtant pas à ce tube. The Dandy Warhols cultive depuis ses débuts une esthétique volontiers décadente, parfois rêveuse, parfois provocatrice, dans laquelle les références au rock des années 1960 et 1970 côtoient les sonorités alternatives des années 1990. Courtney Taylor-Taylor impose une présence vocale particulière, souvent détachée, tandis que les compositions peuvent passer d’un morceau pop très direct à de longues plages psychédéliques et planantes. Cette identité est également au cœur du documentaire Dig!, sorti en 2004, qui suit pendant plusieurs années les Dandy Warhols et le groupe The Brian Jonestown Massacre. Le film montre notamment les relations parfois électriques entre les deux formations et offre un regard très particulier sur la scène rock indépendante américaine de la fin des années 1990. Les Dandy Warhols y apparaissent comme un groupe ayant réussi à transformer son esthétique underground en une véritable carrière internationale. Au fil des années, la formation poursuit son chemin avec des albums comme Odditorium or Warlords of Mars, ...Earth to the Dandy Warhols..., This Machine, Distortland ou encore Why You So Crazy. Leur musique évolue sans abandonner leurs fondamentaux : guitares psychédéliques, influences garage, atmosphères hypnotiques et goût pour les mélodies immédiatement mémorisables. Plutôt que de chercher à reproduire constamment le succès de « Bohemian Like You », le groupe préfère continuer à expérimenter et à développer un univers qui lui est propre.


  The Dandy Warhols occupent ainsi une place singulière dans l’histoire du rock alternatif américain. Ils ont réussi à transformer une certaine désinvolture en véritable style musical, tout en conservant une dimension expérimentale qui dépasse largement leur plus grand succès. Leur musique peut être énergique, sensuelle, étrange ou planante, parfois au sein d’un même album, et cette liberté explique en partie leur longévité. Au fond, The Dandy Warhols sont bien davantage que les auteurs de « Bohemian Like You » : leur carrière témoigne d’une volonté constante de mélanger le rock psychédélique, la pop, le garage et les sonorités alternatives sans jamais se laisser enfermer dans une seule catégorie. Avec leur esthétique reconnaissable, leurs compositions hypnotiques et leur manière très personnelle de jouer avec les codes du rock, ils ont construit une œuvre qui continue de posséder ce parfum particulier des nuits américaines, entre clubs enfumés, guitares électriques et liberté artistique. Une musique à la fois accessible et décalée, qui rappelle que le rock peut encore être élégant, insolent et profondément singulier.



Musique : The Virgins, l’éphémère éclat d’un groupe culte

 







  The Virgins apparaissent au milieu des années 2000 dans le bouillonnement musical de New York, autour de Donald Cumming, chanteur, guitariste et principal auteur du groupe. Originaires de Manhattan, les musiciens développent rapidement une identité qui mélange rock indépendant, post-punk, new wave et rythmes dansants. Leur musique possède quelque chose de très urbain : des guitares nerveuses, une basse particulièrement présente, des refrains immédiats et cette nonchalance typiquement new-yorkaise qui donnera rapidement au groupe une image élégante et légèrement provocatrice. Le premier véritable coup d’éclat arrive avec « Rich Girls ». Présent sur leur premier EP puis repris sur leur album éponyme de 2008, le morceau devient rapidement leur signature. Son groove dansant, ses guitares acérées et son refrain accrocheur correspondent parfaitement à l'atmosphère musicale de la fin des années 2000. Le titre bénéficie également d'une importante exposition grâce à la série Gossip Girl, qui utilise plusieurs morceaux du groupe et contribue à installer The Virgins auprès d'un public plus large. L’album The Virgins, paru en 2008, confirme cette formule. « She's Expensive », « One Week of Danger », « Radio Christiane », « Private Affair » ou encore « Murder » montrent un groupe capable de passer d'un rock nerveux à des compositions plus funky et dansantes. Les influences de la new wave et du rock new-yorkais des années 1970 et 1980 sont perceptibles, mais The Virgins ne cherchent pas à reproduire mécaniquement leurs modèles : ils les transforment en une musique moderne, compacte et particulièrement efficace. Cette période propulse le groupe sur les scènes internationales. The Virgins jouent notamment aux côtés d'artistes majeurs de la scène new-yorkaise et participent à différents festivals et tournées. Leur réputation repose autant sur leurs chansons que sur leur présence scénique, avec un rock conçu pour être joué fort et partagé avec le public. Leur esthétique, très liée à New York et à la mode de l'époque, participe également à leur identité. Mais The Virgins ne restent pas figés dans le succès de « Rich Girls ». Après plusieurs changements de formation et un changement de label, le groupe revient en 2013 avec Strike Gently, publié chez Cult Records, le label associé à Julian Casablancas. Le disque conserve une partie de leur ADN rock et new wave tout en explorant des ambiances plus travaillées et parfois plus douces. « Prima Materia », « Flashbacks, Memories, and Dreams » et « Impressions of You » témoignent notamment de cette évolution. Cette deuxième période est cependant la dernière. En novembre 2013, Donald Cumming annonce la séparation du groupe et souhaite poursuivre son parcours musical en solo. The Virgins auront donc connu une existence relativement courte, mais suffisamment riche pour laisser quelques morceaux très reconnaissables dans le paysage du rock indépendant new-yorkais. Ce qui rend The Virgins intéressants aujourd'hui, c'est justement cette capacité à condenser une certaine idée du New York des années 2000 : des guitares élégantes, des rythmes dansants, une attitude désinvolte et des chansons immédiatement mémorisables. « Rich Girls » reste évidemment leur morceau emblématique, mais leur premier album révèle un groupe beaucoup plus riche qu'un simple groupe à tube. Entre rock, new wave, funk et pop, The Virgins ont construit une musique à la fois accessible et pleine de caractère.


  The Virgins auront traversé la scène new-yorkaise comme une comète, avec deux albums seulement mais une identité suffisamment forte pour laisser une véritable empreinte. Leur mélange de rock, de new wave et de groove, porté par la voix reconnaissable de Donald Cumming, possède encore aujourd'hui cette fraîcheur propre aux groupes qui ont su capter l'énergie d'une époque sans complètement s'y enfermer. « Rich Girls » demeure leur porte d'entrée la plus célèbre, mais derrière ce titre se cache une formation inventive, élégante et résolument new-yorkaise, dont les chansons continuent de fonctionner dès les premières secondes.



Culture : Les catacombes des Capucins, l’un des lieux les plus troublants de Sicile

 







  Sous les rues de Palerme se trouve un endroit qui paraît presque irréel : les catacombes des Capucins. Dans les couloirs de cet ancien espace funéraire, des milliers de personnes reposent encore aujourd’hui, certaines simplement allongées dans des cercueils, d’autres installées dans des niches ou suspendues contre les murs. Le lieu possède une atmosphère unique, à la fois religieuse, historique et profondément troublante.


  L’histoire des catacombes commence à la fin du XVIᵉ siècle. Les frères capucins de Palerme avaient besoin d'un nouvel espace pour leurs morts et entreprirent de creuser sous leur monastère. En 1599, le corps du frère Silvestro da Gubbio fut placé dans ces souterrains. Les religieux découvrirent alors que certaines conditions particulières permettaient une conservation étonnante des dépouilles. La réputation du lieu grandit progressivement. Au fil des décennies, des familles palermitaines demandèrent à leur tour que leurs proches puissent y être conservés. Les catacombes cessèrent donc d'être uniquement le lieu de repos des religieux pour devenir un vaste espace funéraire accueillant des personnes appartenant à différentes catégories de la société. La conservation des corps obéissait à un procédé particulier. Les dépouilles étaient d'abord installées dans une salle où elles pouvaient se dessécher naturellement. Après plusieurs mois, elles étaient nettoyées puis préparées avant d'être habillées. Certaines étaient ensuite déposées dans des cercueils, tandis que d'autres étaient placées directement dans les galeries.


  En parcourant les catacombes, on découvre une organisation qui reflétait autrefois la société palermitaine. Les religieux possédaient leurs propres espaces, tout comme les hommes, les femmes, les enfants ou certaines catégories professionnelles. Les vêtements constituent d'ailleurs une partie importante du témoignage historique : costumes, robes, uniformes et habits religieux permettent d'imaginer la société dans laquelle ces personnes avaient vécu. L'endroit est particulièrement saisissant parce que les morts ne sont pas dissimulés derrière de simples pierres tombales. Beaucoup sont visibles, installés dans des positions qui donnent parfois l'impression qu'ils attendent encore quelqu'un. Avec le temps, les corps, les vêtements et les galeries ont formé un ensemble très éloigné de l'image habituelle d'un cimetière.


  Parmi les personnes les plus connues des catacombes figure Rosalia Lombardo, une petite fille morte en 1920 alors qu'elle n'avait que deux ans. Son corps, remarquablement conservé grâce aux techniques d'embaumement employées à l'époque, repose dans un cercueil de verre. Son visage a contribué à faire connaître les catacombes bien au-delà de la Sicile. Les catacombes témoignent également d'une époque où la séparation entre les vivants et les morts était moins nette qu'aujourd'hui. Conserver le corps, le vêtir et pouvoir continuer à le voir pouvait représenter une manière de maintenir un lien avec la personne disparue. Les galeries devenaient ainsi un espace où la mémoire familiale pouvait rester physiquement présente.


  Avec plusieurs milliers de dépouilles, le site constitue aujourd'hui un témoignage exceptionnel sur les pratiques funéraires siciliennes. Derrière chaque corps se trouve pourtant une histoire individuelle : un religieux, un enfant, un artisan, une femme, un notable ou un membre d'une famille qui souhaitait conserver une place pour son défunt dans ce monde souterrain. Les catacombes des Capucins ne sont donc pas simplement une curiosité macabre. Elles permettent surtout de comprendre comment différentes générations de Palermitains ont considéré la mort, le souvenir et la conservation du corps. Elles montrent aussi l'évolution de la société à travers les vêtements, les professions, les âges et les différences sociales visibles dans les galeries.


  Aujourd'hui encore, la visite laisse une impression particulière. Dans le silence des couloirs, les siècles semblent s'être accumulés les uns sur les autres. Les catacombes des Capucins constituent ainsi l'un des témoignages les plus singuliers du patrimoine de Palerme : un lieu où l'histoire n'est pas seulement racontée par des monuments ou des documents, mais par les traces physiques laissées par plusieurs générations d'hommes, de femmes et d'enfants.



Culture : Les catacombes de Paris, le mystérieux monde sous la capitale

 







  Sous les rues animées de Paris existe un monde silencieux, obscur et étonnamment vaste. Les catacombes constituent l'un des visages les plus mystérieux de la capitale, loin des grands monuments et des boulevards fréquentés par les visiteurs. Dans ces anciennes carrières souterraines, Paris dévoile une histoire liée à son développement, à ses problèmes d'hygiène et à la gestion de ses cimetières.


  À la fin du XVIIIe siècle, plusieurs cimetières parisiens arrivent à saturation. Le plus célèbre, celui des Innocents, situé au cœur de la ville, pose de graves problèmes sanitaires. Les autorités décident alors de transférer progressivement les restes humains vers les anciennes carrières situées sous Paris. À partir de 1786, les ossements commencent à rejoindre ces galeries souterraines, donnant naissance à un lieu qui prendra progressivement le nom de catacombes. Les transferts se poursuivent pendant plusieurs décennies. Des millions d'ossements provenant de différents cimetières parisiens sont déplacés dans ce réseau souterrain. Crânes, tibias et autres ossements sont alors disposés dans certaines galeries selon une organisation particulière. Derrière cet impressionnant décor macabre se trouve surtout une gigantesque opération d'aménagement urbain destinée à résoudre un problème devenu impossible à ignorer.


  Le réseau souterrain est beaucoup plus vaste que la partie ouverte au public. Sous les quartiers de Paris s'étendent d'anciennes carrières, des galeries techniques et des espaces dont l'histoire est parfois difficile à reconstituer. Le parcours officiel, lui, permet de découvrir une portion aménagée de cet univers souterrain et notamment le célèbre ossuaire. Au fil des galeries, l'atmosphère change complètement. Le bruit de la ville disparaît, la lumière devient rare et les murs racontent une autre histoire de Paris. Des inscriptions, des plaques et des éléments architecturaux rappellent parfois les circonstances dans lesquelles ces espaces ont été aménagés. Le visiteur découvre alors une capitale souterraine qui semble presque appartenir à une autre époque. Les catacombes fascinent aussi parce qu'elles se situent à la frontière entre histoire, architecture et imaginaire. Elles ont nourri de nombreuses légendes et attiré au fil du temps des visiteurs curieux de découvrir ce monde caché sous leurs pieds. Pourtant, derrière leur réputation mystérieuse, elles constituent avant tout un témoignage exceptionnel de l'évolution de Paris et de la manière dont la ville a dû composer avec son passé.


  Aujourd'hui, les catacombes sont devenues un lieu culturel emblématique. Leur visite rappelle que Paris ne se résume pas à ses façades, ses monuments et ses places célèbres : une partie essentielle de son histoire se trouve également sous terre. Dans le silence des anciennes carrières, les catacombes offrent ainsi une plongée singulière dans plusieurs siècles d'histoire parisienne.


  Les catacombes de Paris restent enfin un lieu où la mémoire prend une forme particulièrement saisissante. Chaque galerie rappelle une époque, chaque mur témoigne de l'ancien sous-sol parisien et chaque ossement renvoie à une histoire humaine aujourd'hui disparue. Plus qu'une curiosité macabre, elles constituent donc un patrimoine unique, où l'histoire de la ville et celle de ses habitants se rencontrent dans un décor que Paris ne montre habituellement jamais.



27 septembre 2026

Musique : Bande à Part, des reprises pas comme les autres

 







  Il y a des groupes qui écrivent leur histoire autour de compositions originales, et puis il y a ceux qui choisissent de faire revivre les chansons des autres en leur donnant une personnalité totalement nouvelle. Originaire d’Ajaccio, Bande à Part appartient clairement à cette seconde catégorie. Le trio s’est formé en 2009 autour de trois amis et anciens membres de Blague à Part : Alexandre, alias Benny Love, au chant et à la guitare, Christian, alias Danny Vargas, à la batterie, et Xavier, alias Tuco Toreraz, à la basse, ce dernier étant aujourd’hui parfois remplacé sur scène par Antonin, alias Lino Rover. La particularité de Bande à Part est de ne jamais considérer une reprise comme une simple reproduction. Le groupe prend des chansons françaises, corses ou internationales et les transforme à sa manière, avec des arrangements différents, une énergie rock et beaucoup d’humour. Rolling Stones, Beatles, Édith Piaf, Claude François, Serge Gainsbourg, Noir Désir, Nirvana ou encore Coldplay peuvent ainsi se retrouver dans un même univers musical. Le répertoire traverse les générations et les styles sans véritable frontière. Le groupe possède également un véritable univers scénique. Les pseudonymes, les costumes et l’esthétique inspirée des années 1970 participent à cette identité décalée qui accompagne leurs concerts. Derrière cette apparence légère se trouve pourtant un important travail musical : l’objectif est précisément de s’éloigner suffisamment de l’original pour proposer une nouvelle lecture du morceau. Cette philosophie est devenue l’une des signatures de Bande à Part. Le succès arrive notamment avec The Foufoune Tour, un projet qui permet au trio de multiplier les concerts en Corse, sur le continent et même à l’étranger. Leur répertoire mélange alors chansons françaises, rock international et titres corses comme Ricordu ou Libertà. Le groupe construit ainsi une relation très directe avec son public, fondée sur la fête, la reconnaissance immédiate des morceaux et le plaisir de découvrir une version inattendue d'une chanson connue. Cette volonté de réinventer les classiques reste au cœur de leur activité. En 2024, Bande à Part lance notamment une série de douze titres autour du concept « Les sorties du mercredi », avec des reprises comme Alexandrie Alexandra, L’Envie d’aimer, La Bonne du curé, Yellow ou Castellucciu de Tao By. Chaque morceau devient un nouveau terrain de jeu pour le trio, qui cherche à conserver l’âme de la chanson tout en s’en éloignant suffisamment pour créer sa propre version. Au fil des années, Bande à Part est ainsi devenu bien plus qu’un simple groupe de reprises. La formation ajaccienne a construit une véritable identité, reconnaissable à son mélange de rock, de pop, d’humour, de culture populaire et de clins d’œil à la musique corse. En 2026, le trio poursuit encore cette aventure sur les scènes corses et continentales, notamment avec la tournée « Ça c’est le Sud » et différents concerts.


  Bande à Part rappelle finalement qu’une chanson connue peut toujours être redécouverte lorsque des musiciens prennent le risque de la sortir de son cadre habituel. Avec ses arrangements, son énergie et son univers décalé, le trio ajaccien transforme la reprise en véritable création scénique. Et derrière les costumes, les pseudonymes et l’humour, il reste surtout une belle histoire d’amitié et de passion pour la musique, née en Corse et devenue au fil des années une aventure bien plus vaste.



Musique : Hubert Tempête, la grande figure de la chanson bastiaise

 







  Hubert Tempête occupe une place bien particulière dans la chanson corse. Derrière ce nom de scène se trouve Hubert Barbaggio, artiste bastiais devenu au fil des décennies l’une des figures les plus reconnaissables de la macagne, cet humour corse fait de plaisanteries, de provocations, de jeux de mots et d’observation malicieuse de la vie quotidienne. À travers ses chansons, il a construit un univers profondément populaire, où le rire devient une véritable manière de raconter Bastia, la Corse et ses habitants. En septembre 2026, alors qu’il approchait de ses 90 ans, la Ville de Bastia lui a d’ailleurs remis sa médaille, saluant une carrière consacrée à la scène et à l’humour. Son écriture repose avant tout sur le plaisir du mot. Hubert Tempête aime les situations absurdes, les personnages caricaturaux et les associations inattendues, avec cette façon très personnelle de pousser une histoire jusqu’au bout de la plaisanterie. « La Grosse », « La Cuisine », « Les Pubs » ou encore « Le Maître Nageur » témoignent de cette inspiration très libre, où les petites scènes de la vie quotidienne deviennent matière à chanson. Ses textes peuvent être franchement irrévérencieux, mais ils conservent toujours ce côté populaire et bon enfant qui caractérise son personnage. La Corse occupe naturellement une place centrale dans son répertoire. Dans « Dans mon île », Hubert Tempête mélange personnages historiques, références populaires et humour décalé pour transformer l’île de Beauté en immense terrain de jeu. Il n’hésite pas non plus à mélanger français et langue corse, donnant à ses chansons une couleur profondément locale. Cette utilisation du langage participe beaucoup à son identité artistique et à cette proximité avec le public bastiais. Mais derrière la plaisanterie se trouve également un véritable regard sur la société. « La Fin du commencement » joue ainsi avec la politique, les élections, le chômage, les médias et les promesses électorales. Hubert Tempête utilise alors le rire comme une manière de prendre du recul sur les travers de son époque. Cette dimension satirique explique sans doute pourquoi certaines de ses chansons continuent de trouver un écho auprès de générations qui n’ont pas connu leur période de création. Son attachement à Bastia apparaît également dans « Où vas-tu Bastia ? », chanson associée à l’épopée européenne du Sporting en 1978 et devenue au fil du temps un véritable classique local. Son expression est même passée dans le langage courant bastiais. Ce morceau illustre parfaitement la capacité de l’artiste à transformer un événement populaire en souvenir collectif. Hubert Tempête appartient ainsi à une tradition artistique où la chanson ne cherche pas forcément la sophistication musicale, mais plutôt l’efficacité du texte, le sens de la formule et la complicité avec ceux qui l’écoutent. Son répertoire ressemble à une galerie de personnages et de situations dans laquelle se croisent les souvenirs de Bastia, les petites habitudes, les travers humains et les grandes questions de société. C’est cette liberté de ton qui lui a permis de traverser les décennies sans perdre son identité. Aujourd’hui encore, Hubert Tempête continue de monter sur scène et affirme vouloir poursuivre son spectacle aussi longtemps que possible. Des artistes plus jeunes revendiquent également son influence, notamment dans la manière de faire vivre la macagne bastiaise à travers la musique et la scène. Son héritage dépasse donc largement quelques chansons populaires : il appartient désormais à la mémoire culturelle et humoristique de Bastia.


  Hubert Tempête aura fait du rire une véritable forme de chanson populaire, avec une écriture libre, parfois irrévérencieuse, toujours profondément attachée à Bastia et à la Corse. Ses textes ont conservé cette capacité rare à faire sourire tout en observant les travers de la société, et son parcours rappelle qu’une chanson peut devenir bien plus qu’un simple divertissement lorsqu’elle s’inscrit dans la mémoire d’un peuple et d’une ville. À travers la macagne, les jeux de mots et les histoires du quotidien, Hubert Tempête a ainsi laissé une empreinte singulière dans la chanson corse.



Culture : La place Saint-Nicolas, mémoire et élégance de Bastia

 







  Au cœur de Bastia, face à la mer et tournée vers l’horizon italien, la place Saint-Nicolas occupe une place particulière dans la vie de la cité. Immense esplanade ouverte sur la Méditerranée, elle est à la fois un lieu de promenade, un espace de rencontres, un décor familier pour les Bastiais et l’un des grands symboles urbains de la ville. Par temps clair, le regard porte loin au-delà du port et peut atteindre les îles italiennes, voire les côtes toscanes. Avec ses quelque 22 400 m², elle constitue l’un des plus vastes espaces publics de Bastia.


  L’histoire de la place commence au XVIIIᵉ siècle. Les autorités françaises aménagent alors un terrain situé près de l’ancien Palais du Gouvernement afin d’en faire un lieu de promenade et un espace destiné aux exercices militaires. La place change ensuite plusieurs fois de nom au gré des périodes politiques : place Narbonne, Champ de Mars, place de Rivière puis place Louis-Philippe. Elle ne prendra définitivement le nom de Saint-Nicolas qu’en référence à un ancien hôpital et à une chapelle médiévale, disparus à la fin du XIXᵉ siècle lors de la transformation du quartier. Au XIXᵉ siècle, Bastia connaît une profonde transformation. La ville s’agrandit, de nouveaux boulevards apparaissent et le développement du commerce et des transports impose de nouveaux aménagements. La place Saint-Nicolas devient alors un élément essentiel de cette ville moderne que les autorités cherchent à construire. Son agrandissement est entrepris au cours du siècle et se poursuit jusqu’à la fin des années 1800, notamment grâce au comblement progressif de l’anse du Fango. Le visage actuel de la place se dessine véritablement au tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles. Une balustrade est installée en 1894, des platanes sont plantés en 1898 et les travaux de terrassement sont achevés en 1900. En 1907, cinquante palmiers Phoenix canariensis viennent donner à l’esplanade son allure méditerranéenne, tandis qu’un élégant kiosque à musique est commandé à une fonderie d’Orléans. Inauguré en 1908, il devient rapidement l’un des éléments caractéristiques de la place. La place accompagne également l’essor touristique de Bastia. À une époque où les premiers voyageurs découvrent la Corse, cette vaste promenade maritime offre une image spectaculaire de la ville. Les palmiers, le kiosque, les immeubles élégants et l’ouverture sur la mer composent progressivement un paysage urbain qui participe à l’identité de Bastia.


  Au fil du XXᵉ siècle, la place devient aussi un important lieu de mémoire. Le monument aux morts rappelle les Bastiais disparus pendant la Première Guerre mondiale et inscrit l’histoire nationale dans cet espace profondément lié à la vie quotidienne de la cité. Autour de lui, la place conserve son rôle de promenade et de rendez-vous, avec ses bancs, ses arbres et cette longue perspective maritime qui fait toute sa singularité.


  Aujourd’hui, la place Saint-Nicolas reste l’un des endroits les plus vivants de Bastia. Les familles, les promeneurs, les sportifs, les enfants et les visiteurs s’y croisent quotidiennement. Les terrasses permettent de profiter de l’animation tout en regardant la mer, tandis que des marchés, des manifestations culturelles, des événements sportifs et diverses festivités viennent régulièrement occuper l’esplanade. Elle est également utilisée comme point de rassemblement lors de grands événements organisés dans la ville. La végétation de la place évolue elle aussi avec le temps. Après la disparition progressive de plusieurs palmiers, la municipalité a engagé un renouvellement des plantations afin de créer davantage d’ombre et de diversifier les essences. Des pins parasols sont notamment prévus autour de la statue de Napoléon, tandis que d’autres secteurs doivent accueillir des micocouliers et différentes espèces adaptées au contexte urbain méditerranéen.


  Plus qu’une simple place, Saint-Nicolas représente ainsi une partie de la mémoire de Bastia. Elle témoigne de l’agrandissement de la ville, de son ouverture maritime, de son développement économique et de son entrée dans la modernité. On peut y voir passer les générations, assister à une manifestation, écouter de la musique ou simplement regarder la mer. C’est probablement cette capacité à réunir l’histoire et la vie quotidienne qui fait de la place Saint-Nicolas l’un des lieux les plus reconnaissables et les plus attachants de Bastia.



Culture : La place du Diamant, l’un des grands symboles d’Ajaccio

 







  Au cœur d’Ajaccio, face au golfe et à l’horizon marin, la place du Diamant occupe une place particulière dans le paysage de la cité impériale. Officiellement appelée place Charles-de-Gaulle, elle reste profondément ancrée dans les habitudes des Ajacciens sous son ancien nom de « place du Diamant ». Cette appellation rappelle le bastion du Diamant qui se trouvait autrefois à cet emplacement. La place marque également la transition entre la vieille ville et les quartiers développés au XIXe siècle, donnant à cet espace une position particulière entre Ajaccio historique et Ajaccio moderne.


  Pendant longtemps, la place a été dominée par son imposant monument consacré à Napoléon Ier et à quatre de ses frères, Joseph, Lucien, Louis et Jérôme. L’idée d’élever ce monument fut décidée en 1854 et l’ensemble fut inauguré le 15 mai 1865. Sa conception fut confiée à Eugène Viollet-le-Duc, tandis que plusieurs sculpteurs participèrent à la réalisation des différentes figures. Au centre, Napoléon apparaît à cheval, représenté en triomphateur, tandis que ses frères prennent place de part et d’autre du monument. La silhouette particulière de l’ensemble lui a valu le surnom affectueux d’« encrier », encore employé aujourd’hui. Le monument utilise notamment du granite, du marbre et du bronze, et possède une dimension symbolique particulièrement forte : il associe la ville natale de Napoléon à la mémoire de sa famille et à l’image impériale qui s’est développée autour de sa figure au XIXe siècle.


  L’histoire de la place est également liée à l’évolution du monument. À l’origine, Napoléon et ses frères étaient tournés vers la mer. En 1969, lors d'importants travaux d’aménagement, l’ensemble fut réorienté vers la ville. Cette disposition a marqué plusieurs générations d’Ajacciens, jusqu’à la récente transformation de la place. Les travaux entrepris ces dernières années ont profondément renouvelé l’espace. Le monument a été démonté avec précaution, restauré puis remonté. En avril 2026, la statue équestre de Napoléon a retrouvé sa place, avant la repose des statues de ses frères. Surtout, l’ensemble a retrouvé son orientation originelle vers la mer et l’horizon, conformément au projet imaginé par Viollet-le-Duc au XIXe siècle. La nouvelle place du Diamant s’étend sur environ 1,7 hectare et accorde davantage de place au végétal ainsi qu’aux perspectives paysagères. Le réaménagement cherche ainsi à faire évoluer un lieu longtemps dominé par la circulation et le stationnement vers un véritable espace public, tout en conservant son patrimoine monumental.


  Aujourd’hui, la place du Diamant offre donc plusieurs lectures. On peut y voir un grand espace urbain ouvert sur le golfe d’Ajaccio, un témoignage de l’architecture monumentale du XIXe siècle ou encore l’un des lieux les plus visibles de la mémoire napoléonienne en Corse. Son intérêt vient justement de cette rencontre entre histoire, sculpture, urbanisme et paysage. La place du Diamant reste ainsi l’un des grands repères d’Ajaccio. Entre la ville, la mer et la silhouette de Napoléon, elle possède une identité particulière qui résume à elle seule une partie de l’histoire de la cité. Avec son monument désormais tourné vers l’horizon, elle retrouve même une disposition pensée à l’origine pour rappeler que l’histoire d’Ajaccio ne s’arrête pas à ses remparts, mais s’ouvre largement sur la Méditerranée et le monde.



Sport : Escalade, dompter la roche et le vide

 







  L’escalade est un sport qui consiste à progresser sur une paroi naturelle ou artificielle en utilisant principalement les mains et les pieds. Longtemps associée à l’alpinisme et à l’exploration des montagnes, elle est devenue au fil du temps une discipline à part entière, pratiquée aussi bien sur les falaises que dans les salles spécialisées. Elle demande de la force, de l’équilibre, de la souplesse et surtout une grande capacité à analyser chaque mouvement avant de l’exécuter. Sur une paroi, chaque prise devient un élément du parcours. Il faut chercher le meilleur appui, déplacer son poids, conserver son équilibre et économiser son énergie. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’escalade ne repose donc pas uniquement sur la puissance des bras : les jambes jouent un rôle essentiel et une bonne technique permet souvent de franchir un passage difficile avec beaucoup moins d’effort.


  Il existe plusieurs formes d’escalade. La voie consiste à suivre un itinéraire plus ou moins long, généralement équipé de points d’ancrage permettant d’assurer la sécurité du grimpeur. Le bloc, pratiqué sur des parois basses avec des tapis de réception, privilégie des mouvements courts, puissants et très techniques. L’escalade de vitesse, elle, repose sur un parcours standardisé que les grimpeurs doivent franchir le plus rapidement possible. Ces trois disciplines sont notamment présentes aux Jeux olympiques. L’escalade possède également une dimension mentale particulièrement importante. Face à une paroi, le grimpeur doit gérer son équilibre, son effort et parfois sa peur du vide. Une hésitation peut suffire à interrompre une ascension. La concentration devient alors aussi importante que la condition physique, tandis que la lecture de la voie permet d’anticiper les mouvements et de choisir son itinéraire. La sécurité occupe naturellement une place centrale dans cette pratique. Selon la discipline, les grimpeurs utilisent cordes, baudriers, mousquetons, systèmes d’assurage et casques. En salle, les installations permettent généralement de pratiquer dans un environnement contrôlé, tandis que l’escalade en falaise nécessite une connaissance précise du matériel, des techniques d’assurage et des particularités du terrain.


  Aujourd’hui, l’escalade attire un public très varié. Les salles ont largement contribué à démocratiser ce sport en permettant de commencer progressivement, sans avoir besoin de se rendre immédiatement en montagne. Pour certains, elle devient une véritable recherche de performance ; pour d’autres, elle représente surtout un moyen de se dépenser, de se concentrer et de retrouver le plaisir de progresser mouvement après mouvement. L’escalade est un sport singulier où la force rencontre l’équilibre, la technique et la maîtrise de soi. Qu’elle se pratique sur une falaise, un mur artificiel ou un simple bloc, elle transforme chaque paroi en véritable défi personnel. Plus qu’une succession de prises à atteindre, elle demande d’observer, de réfléchir, de maîtriser son corps et de dépasser progressivement ses propres limites.



26 septembre 2026

Sport : La Capoeira, le sport de combat qui se danse

 







  La capoeira est une discipline étonnante, impossible à enfermer dans une seule catégorie. À la fois art martial, danse, sport, musique et expression culturelle, elle est née au Brésil dans les communautés afro-brésiliennes et porte la mémoire d’une histoire marquée par l’esclavage, la résistance et la recherche de liberté. Dans une roda, le célèbre cercle de capoeira, deux pratiquants se retrouvent au centre tandis que les autres forment un cercle autour d’eux, chantent, frappent dans leurs mains et accompagnent le jeu avec des instruments traditionnels. Les origines précises de la capoeira restent difficiles à établir. Elle s’est développée au Brésil à partir des traditions apportées par les populations africaines déportées pendant la période de l’esclavage, avant de se transformer progressivement dans le contexte brésilien. La capoeira apparaît ainsi comme une création profondément afro-brésilienne, façonnée au fil des générations.


  Longtemps associée aux populations marginalisées, elle est surveillée et interdite par les autorités brésiliennes à la fin du XIXe siècle. Après l’abolition de l’esclavage en 1888, la pratique reste mal considérée. Au XXe siècle, plusieurs grands maîtres vont pourtant contribuer à sa reconnaissance, notamment Mestre Bimba, qui développe la Capoeira Regional, et Mestre Pastinha, grande figure de la Capoeira Angola.


  La musique occupe une place essentielle. Le berimbau, instrument à une corde devenu emblématique de la discipline, accompagne les chants, les battements de mains et les percussions. Le rythme influence directement le jeu des deux pratiquants. La capoeira demande donc autant d’écoute et de coordination que de maîtrise physique. Les mouvements donnent à la discipline son aspect spectaculaire : coups de pied circulaires, esquives, rotations, déplacements au sol et parfois acrobaties s’enchaînent avec fluidité. Pourtant, derrière cette apparence de danse se trouve une véritable confrontation. Chaque participant doit observer son adversaire, anticiper ses gestes et utiliser la ruse autant que la force.


  La roda constitue le cœur de cette tradition. Elle rassemble les pratiquants autour du jeu et permet la transmission des mouvements, des chants, des rythmes et des règles. Cette dimension collective explique pourquoi la capoeira dépasse largement le simple cadre d’un sport de combat.


  Aujourd’hui pratiquée dans de nombreux pays, la capoeira a conservé son lien avec la culture afro-brésilienne. En 2014, la roda de capoeira a été inscrite par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, reconnaissant ainsi une pratique qui associe mouvement, musique, transmission et mémoire. La capoeira reste ainsi l’une des disciplines les plus originales qui soient. Elle réunit la puissance d’un art martial, la précision d’une danse, l’énergie de la musique et la richesse d’une tradition ancienne. Dans chaque roda, le corps et le rythme dialoguent, tandis que se perpétue une culture née d’une histoire douloureuse mais devenue un formidable symbole de créativité et de transmission.



Musique : Sttellla, l’inclassable ovni de la chanson belge

 







  Sttellla est l’un de ces groupes que l’on reconnaît en quelques secondes, non pas forcément par une sonorité particulière, mais par une façon totalement décomplexée de jouer avec les mots, les situations et les conventions musicales. Derrière cette aventure belge se trouve Jean-Luc Fonck, véritable moteur du groupe, dont l’histoire commence au milieu des années 1970 à Bruxelles avec Mimi Crofilm. Le premier concert a lieu en 1975, avant que Sttellla ne commence à écumer les cafés, les fêtes de quartier et les petites salles avec un répertoire où l’humour occupe déjà une place centrale. Dès ses débuts, Sttellla cultive un style volontairement minimaliste, bricolé et décalé. Jean-Luc Fonck transforme les mots en terrain de jeu permanent et affectionne les titres impossibles, les associations absurdes et les chansons qui semblent pouvoir partir dans n’importe quelle direction. Le premier album, Pouet-Pouette, paraît en 1978, tandis que les années suivantes voient le groupe développer progressivement son univers et multiplier les prestations. Cette manière de mélanger chanson humoristique, rock et expérimentation rappelle parfois l’esprit de Boby Lapointe, tout en conservant une identité profondément personnelle. L’aventure prend une nouvelle dimension dans les années 1980. Après plusieurs productions indépendantes, Sttellla publie notamment Fuite au prochain lavabo puis Les poissons s’en fishent et les pieds s’en footent. Le groupe commence alors à dépasser les frontières belges et se produit en France, en Suisse et au Québec. Une rencontre avec François Hadji-Lazaro conduit à une collaboration avec Boucherie Productions, label particulièrement lié à la scène alternative française de l’époque. Sttellla partage alors certaines affiches avec des groupes comme Les Garçons Bouchers, La Mano Negra ou Noir Désir, sans pour autant appartenir réellement au mouvement punk. En 1990, L’avenir est à ceux qui s’éléphanteau confirme cette identité faite de jeux de mots, de petites mélodies entêtantes, de claviers, de boîtes à rythmes et d’arrangements volontairement décalés. Mais c’est surtout Torremolinos qui va offrir au groupe son plus grand succès populaire. Paradoxalement, cette chanson devenue emblématique de Sttellla ne repose pas sur l’avalanche de calembours qui caractérise habituellement Jean-Luc Fonck. Son succès propulse le groupe auprès d’un public beaucoup plus large et accompagne l’album Manneken pis not war / Faisez la mouche pas la guêpe, qui deviendra disque d’or en Belgique. Après la séparation artistique du duo formé avec Mimi Crofilm au début des années 1990, Jean-Luc Fonck poursuit l’aventure en faisant évoluer Sttellla autour de sa propre personnalité. Le groupe devient progressivement une formation à géométrie variable, capable de se présenter avec plusieurs musiciens ou dans des configurations plus réduites. Les albums continuent de s’enchaîner, parmi lesquels The dark side of the moule, Il faut tourner l’apache, Un homme avec un grand H au pays des prises de têtes ou encore Le plus beau jour de magie. Sttellla ne disparaît jamais vraiment du paysage. Jean-Luc Fonck multiplie parallèlement les projets, les spectacles, les chroniques et les chansons, tout en continuant à alimenter l’univers du groupe. En 2014, Ounne dosse treize accompagne notamment la tournée des quarante ans, puis viennent Regratte-moi dans les yeux en 2016 et Les Carabistouilles en 2018. En 2022, l’EP Pas de sens poursuit encore cette tradition du jeu verbal et de l’absurde. L’une des particularités les plus étonnantes de Sttellla réside dans sa capacité à transformer l’improvisation en véritable méthode de création. Depuis 2013, Jean-Luc Fonck propose notamment chaque semaine sur Vivacité une chanson construite autour de quatre mots imposés par les auditeurs. Le principe a donné naissance à plusieurs centaines de chansons, certaines ayant ensuite été enregistrées et diffusées sur les plateformes sous le titre Les chansons du 8/9. Cette créativité permanente explique en partie la longévité exceptionnelle du projet.


  Avec plusieurs décennies de carrière, des milliers de concerts et une discographie qui continue de s’enrichir, Sttellla occupe une place assez unique dans la chanson francophone. Le groupe n’a jamais cherché à entrer dans une catégorie précise : rock, chanson humoristique, pop décalée ou spectacle musical, toutes ces étiquettes ne décrivent qu’une partie de son univers. Jean-Luc Fonck revendique surtout une liberté totale, celle de pouvoir passer d’une chanson à une autre, d’un jeu de mots à une idée absurde et d’une mélodie improbable à un véritable tube populaire. Sttellla est finalement bien plus qu’un groupe humoristique : c’est un véritable laboratoire de fantaisie musicale, porté depuis près d’un demi-siècle par l’imagination de Jean-Luc Fonck. Entre calembours, chansons absurdes, mélodies simples et énergie scénique, le groupe a construit une œuvre profondément belge mais capable de franchir les frontières. Et derrière les plaisanteries et les titres impossibles se cache une vraie longévité artistique : celle d’un musicien qui a choisi de ne jamais se prendre trop au sérieux, tout en prenant la musique suffisamment au sérieux pour continuer à la réinventer.



Musique : Plastic Bertrand, l’insolence musicale venue de Belgique

 







  De son vrai nom Roger Jouret, Plastic Bertrand est l’une des figures les plus reconnaissables de la scène musicale belge de la fin des années 1970. Né à Bruxelles en 1954, il grandit dans un environnement où la musique occupe rapidement une place importante. Batteur dans plusieurs formations, il découvre l’effervescence du punk qui déferle alors sur l’Europe et participe à cette nouvelle génération d’artistes qui veulent rompre avec les codes de la variété traditionnelle. En 1977, il rejoint le groupe Hubble Bubble, avec lequel il commence à se faire connaître dans le milieu rock belge. Mais c’est sa rencontre avec le producteur et musicien Lou Deprijck qui va véritablement changer sa trajectoire. Ensemble, ils donnent naissance à un personnage énergique, coloré et immédiatement identifiable : Plastic Bertrand. Le projet associe l’attitude provocatrice du punk à des mélodies beaucoup plus accessibles, créant un mélange particulièrement efficace. En 1977 paraît « Ça plane pour moi », morceau devenu emblématique de cette période. Avec sa guitare nerveuse, son rythme effréné, son refrain mémorable et son interprétation presque déchaînée, la chanson connaît rapidement un immense succès. Elle dépasse les frontières belges et s’impose dans plusieurs pays européens, avant de devenir au fil des années l’un des grands classiques internationaux de la musique francophone. Plastic Bertrand ne se limite pourtant pas à ce gigantesque succès. Durant les années suivantes, il poursuit une carrière faite d’albums, de singles, de télévision et de tournées. Son image évolue progressivement, passant du punk déjanté des débuts à une pop plus travaillée et plus colorée. Il explore également différents univers musicaux, tout en conservant cette personnalité scénique très reconnaissable qui a contribué à sa popularité. Son parcours est également marqué par une controverse concernant l'interprétation de plusieurs de ses premiers enregistrements. La participation de Lou Deprijck à la création et à l'enregistrement de « Ça plane pour moi » a notamment alimenté pendant des années un débat sur la voix entendue sur le disque. Cette histoire complexe fait désormais partie de la légende du morceau, sans toutefois effacer son importance dans l'histoire de la pop européenne. Plastic Bertrand possède surtout cette particularité rare : avoir transformé en phénomène populaire une esthétique issue d'un mouvement musical alors considéré comme provocateur et marginal. « Ça plane pour moi » conserve une énergie presque adolescente, avec cette impression de liberté, d'insolence et de mouvement permanent qui caractérisait le punk de la fin des années 1970. Le morceau a d'ailleurs continué à être repris, utilisé dans des films, des publicités et de nombreux événements sportifs ou festifs. Au-delà de son tube le plus célèbre, Plastic Bertrand demeure ainsi un personnage important de la scène musicale belge. Il a contribué à populariser une forme de punk particulièrement accessible, capable de toucher un public beaucoup plus large que les seuls amateurs de rock alternatif. Son look, son énergie et son sens du spectacle ont également participé à construire une véritable identité artistique autour de son nom.


  Plastic Bertrand reste associé pour toujours à quelques secondes de musique qui ont traversé les générations : celles de « Ça plane pour moi ». Pourtant, réduire son parcours à ce seul morceau serait oublier plusieurs décennies de carrière et une personnalité qui a accompagné les évolutions de la musique populaire européenne. Avec son mélange de punk, de pop, d’humour et d’exubérance, il a créé un univers immédiatement reconnaissable et laissé derrière lui un titre devenu presque indestructible. Plus de quarante ans après son apparition, l’énergie de Plastic Bertrand continue ainsi de faire « planer » la musique populaire.



Culture : La Civilisation Minoenne

 







  Bien avant l’apparition de la Grèce classique, une civilisation originale s’épanouit sur l’île de Crète. Entre le IIIᵉ et le IIᵉ millénaire avant notre ère, les Minoens développent une société prospère, ouverte sur la mer et capable de bâtir de vastes centres palatiaux. Leur civilisation demeure aujourd’hui l’une des plus fascinantes de l’âge du Bronze, notamment parce qu’elle a laissé derrière elle des œuvres remarquables tout en conservant une part importante de ses secrets.


  Les premières communautés agricoles apparaissent en Crète plusieurs millénaires avant les grands palais. Progressivement, l’île développe des échanges avec les autres régions de la Méditerranée orientale. Le cuivre, les métaux précieux, la céramique, l’huile, le vin et différents produits agricoles circulent entre la Crète, les Cyclades, le continent grec, l’Anatolie et l’Égypte. Cette position maritime favorise l’enrichissement de l’île et contribue à l’émergence d’une société organisée autour de plusieurs grands centres. À partir du début du IIᵉ millénaire avant notre ère, de grands palais apparaissent notamment à Knossos, Phaistos, Malia et Zakros. Ces complexes ne sont pas de simples résidences luxueuses. Ils regroupent des espaces administratifs, religieux, artisanaux et économiques, ainsi que de vastes réserves destinées au stockage des marchandises. Leur organisation témoigne d’une société capable de gérer des ressources importantes et de coordonner de nombreuses activités. L’art minoen constitue l’un des aspects les plus remarquables de cette civilisation. Les artistes représentent abondamment la nature, les animaux, les plantes, les paysages marins et les êtres humains. Les fresques privilégient les mouvements, les couleurs et les formes vivantes. Les dauphins, les oiseaux, les fleurs et surtout les taureaux apparaissent régulièrement. Cette relation étroite avec le monde naturel distingue fortement l’art minoen de nombreuses traditions artistiques contemporaines. La religion semble également avoir occupé une place centrale. Les découvertes archéologiques témoignent de pratiques liées aux montagnes, aux grottes, aux arbres et à différents animaux. Le taureau possède une importance particulière et apparaît dans plusieurs représentations rituelles. Les célèbres scènes de saut au-dessus du taureau pourraient évoquer une pratique cérémonielle, même si leur signification exacte reste discutée. En revanche, les récits grecs ultérieurs concernant Minos, Pasiphaé, Ariane et le Minotaure ne peuvent pas être considérés comme des récits historiques sur la société minoenne.


  Les Minoens possédaient également plusieurs systèmes d’écriture. Le plus ancien, appelé hiéroglyphique crétois, demeure très mal compris. Le linéaire A, utilisé notamment pour l’administration des palais, n’a toujours pas été déchiffré de manière convaincante. Ces inscriptions constituent donc l'un des grands mystères de la civilisation minoenne : elles pourraient permettre de mieux comprendre la langue, les institutions et les croyances des habitants de la Crète si leur contenu pouvait être pleinement interprété.


  La puissance minoenne repose largement sur les échanges maritimes. Les découvertes archéologiques montrent des contacts avec de nombreuses régions de la Méditerranée orientale. La Crète n’est donc pas une île isolée, mais un carrefour où circulent marchandises, techniques, influences artistiques et probablement des populations. Cette ouverture explique en partie la richesse culturelle exceptionnelle retrouvée dans les palais et les sites archéologiques crétois.


  Vers le milieu du IIᵉ millénaire avant notre ère, l’équilibre de cette civilisation commence cependant à se modifier. L’éruption gigantesque du volcan de Théra, dans les Cyclades, provoque un bouleversement majeur dans la région. Son importance exacte dans le déclin des centres minoens fait encore l’objet de recherches et de discussions. Par la suite, les palais crétois subissent de nouvelles destructions et l’influence de populations venues du continent grec devient progressivement plus importante. Le linéaire B, utilisé pour noter une forme ancienne du grec, apparaît notamment à Knossos. La civilisation minoenne ne disparaît donc pas brutalement comme une civilisation engloutie par une catastrophe unique. Son histoire est beaucoup plus complexe, marquée par plusieurs transformations politiques, économiques et culturelles. Au fil des siècles, le monde crétois est progressivement intégré à celui de la Grèce mycénienne, puis à d’autres ensembles culturels de la Méditerranée.


  Aujourd’hui encore, les Minoens fascinent parce qu’ils ont laissé une civilisation à la fois brillante et mystérieuse. Leurs palais monumentaux, leurs fresques éclatantes, leurs objets raffinés et leurs réseaux commerciaux témoignent d’une société profondément organisée, tandis que leurs écritures non déchiffrées et leurs pratiques religieuses continuent d’alimenter les recherches. Bien avant l’âge de la Grèce classique, la Crète minoenne avait déjà construit une culture originale au cœur de la Méditerranée, dont l’héritage reste indissociable de l’histoire de l’Europe ancienne.