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8 septembre 2026

Culture : Le bahaïsme, la religion qui rêve d’unir l’humanité

 







  Né au XIXᵉ siècle dans la Perse d’alors, le bahaïsme est l’une des plus jeunes grandes religions monothéistes du monde. Son histoire commence dans un contexte particulièrement agité, marqué par les bouleversements politiques et religieux de l’Empire perse. Aujourd’hui présente sur tous les continents, cette religion demeure relativement méconnue du grand public. Pourtant, son message, fondé sur l’unité de l’humanité, l’harmonie entre les religions et la recherche de la paix, possède une dimension profondément universelle.


  L’histoire du bahaïsme commence en 1844 avec un homme appelé le Báb, dont le nom signifie littéralement « la Porte ». Né à Chiraz, en Perse, il affirme être porteur d’une révélation divine et annonce la venue prochaine d’un messager plus important que lui. Son enseignement attire rapidement de nombreux disciples, mais provoque également une violente opposition des autorités religieuses et politiques. Le Báb est arrêté, emprisonné puis exécuté en 1850 à Tabriz. Ses disciples sont durement persécutés, mais son mouvement ne disparaît pas. C’est dans ce contexte qu’apparaît la figure centrale du bahaïsme : Bahá’u’lláh, né Mirzá Husayn ‘Alí à Téhéran en 1817. Disciple du Báb, il est emprisonné et exilé à plusieurs reprises par les autorités persanes et ottomanes. En 1863, alors qu’il se trouve à Bagdad, il annonce à ses compagnons être le messager divin annoncé par le Báb. Il prend alors le nom de Bahá’u’lláh, qui signifie « Gloire de Dieu ». Son existence sera marquée par de nouveaux exils, notamment à Constantinople, Andrinople puis Acre, en Palestine ottomane, où il meurt en 1892.


  Au cœur de son enseignement se trouve une idée particulièrement importante : l’humanité constitue une seule famille. Pour les baha'is, les différentes religions ne sont pas nécessairement des traditions concurrentes, mais les étapes successives d'une même révélation divine. Abraham, Moïse, Bouddha, Jésus, Muhammad et d’autres grandes figures religieuses sont ainsi considérés comme des manifestations de Dieu adaptées aux besoins des différentes époques et des différentes sociétés. Le Báb et Bahá’u’lláh s’inscrivent dans cette continuité. Cette conception donne au bahaïsme une vision très particulière de l’histoire religieuse. Les religions seraient comparables à des chapitres successifs d’une même histoire spirituelle. Les différences entre elles s’expliqueraient notamment par les contextes historiques, culturels et sociaux dans lesquels leurs fondateurs sont apparus. Le bahaïsme insiste donc davantage sur ce qui rapproche les traditions religieuses que sur ce qui les oppose. L’unité de l’humanité constitue également un principe fondamental. Le bahaïsme rejette les distinctions de valeur entre les peuples et affirme l’égalité fondamentale des êtres humains. L’égalité entre les femmes et les hommes occupe notamment une place importante dans ses enseignements. L’éducation universelle, la lutte contre les préjugés, la recherche d’une justice sociale et la coopération entre les peuples font également partie de ses préoccupations.


  Le bahaïsme accorde par ailleurs une grande importance à la recherche personnelle de la vérité. Chaque individu est invité à examiner les croyances religieuses par lui-même plutôt qu’à accepter aveuglément celles de son entourage. Cette démarche s’accompagne d’une valorisation de la connaissance et de l’éducation. La science et la religion sont considérées comme deux moyens complémentaires permettant à l’humanité de progresser, et non comme deux domaines nécessairement opposés. La vie spirituelle baha'ie repose notamment sur la prière, la méditation, la lecture des textes sacrés et certaines périodes de jeûne. Il n’existe pas de clergé professionnel dans le bahaïsme. Les communautés sont organisées à travers des assemblées élues, sans hiérarchie ecclésiastique comparable à celle que l’on retrouve dans de nombreuses autres religions. Cette organisation constitue l’une des particularités les plus visibles de la communauté baha'ie.


  Les lieux de culte baha'is, appelés mashriqu'l-adhkár, sont eux aussi remarquables. Ils sont conçus comme des espaces ouverts à la prière et à la méditation et peuvent être associés à des institutions destinées à servir la population, comme des écoles, des hôpitaux ou d’autres structures sociales. Le principe est symbolique : la spiritualité ne doit pas être séparée du service rendu à la société. L’un des lieux les plus célèbres du bahaïsme se trouve à Haïfa, en Israël. Le sanctuaire du Báb, reconnaissable à son dôme doré, domine les jardins en terrasses qui descendent vers la ville et la baie. Le site fait partie des lieux saints les plus importants de la communauté baha'ie et constitue également un ensemble architectural et paysager remarquable. Le sanctuaire de Bahá’u’lláh, situé près d’Acre, est quant à lui considéré comme le lieu le plus sacré du bahaïsme.


  Le développement du bahaïsme ne s’est cependant pas fait sans persécutions. Depuis ses origines en Iran, les baha'is ont régulièrement été victimes de discriminations et de violences. La communauté demeure aujourd’hui particulièrement vulnérable dans son pays d’origine, où elle ne bénéficie pas d’une reconnaissance religieuse officielle et où ses membres peuvent être confrontés à différentes formes de restrictions. Cette histoire de persécution constitue une dimension importante de la compréhension du bahaïsme contemporain. Au fil du XXᵉ siècle, la religion s’est néanmoins développée bien au-delà du Moyen-Orient. Des communautés baha'ies se sont établies en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique et dans le Pacifique. Il n’existe pas de pays exclusivement baha'i : le principe même de cette religion est de vivre au sein de sociétés diverses et de contribuer à leur développement.


  Le centre administratif et spirituel mondial de la communauté se trouve aujourd’hui en Terre sainte, autour de Haïfa et d’Acre. Les bâtiments et jardins baha'is de cette région forment un ensemble spectaculaire, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008. Leur architecture associe symétrie, jardins géométriques, escaliers monumentaux et végétation soigneusement entretenue, donnant aux lieux une atmosphère à la fois monumentale et paisible. Au-delà de son aspect religieux, le bahaïsme constitue donc un phénomène culturel et historique particulièrement intéressant. Né dans la Perse du XIXᵉ siècle, dans le prolongement du mouvement du Báb, il s’est transformé en une religion mondiale défendant l’idée d’une humanité appelée à dépasser ses divisions. Son message met en avant l’unité des peuples, le rapprochement des religions, l’éducation, l’égalité entre les sexes et la recherche d’une paix durable.


  Le bahaïsme reste aujourd’hui minoritaire et relativement discret, mais son influence culturelle est visible dans son architecture, ses jardins, ses communautés internationales et sa conception originale de l’histoire religieuse. À travers Bahá’u’lláh et les textes qui lui sont attribués, il propose une vision dans laquelle l’humanité serait arrivée à une étape nouvelle de son évolution spirituelle : celle où les frontières religieuses, culturelles et nationales seraient progressivement appelées à laisser place à une conscience plus universelle.