Sttellla est l’un de ces groupes que l’on reconnaît en quelques secondes, non pas forcément par une sonorité particulière, mais par une façon totalement décomplexée de jouer avec les mots, les situations et les conventions musicales. Derrière cette aventure belge se trouve Jean-Luc Fonck, véritable moteur du groupe, dont l’histoire commence au milieu des années 1970 à Bruxelles avec Mimi Crofilm. Le premier concert a lieu en 1975, avant que Sttellla ne commence à écumer les cafés, les fêtes de quartier et les petites salles avec un répertoire où l’humour occupe déjà une place centrale. Dès ses débuts, Sttellla cultive un style volontairement minimaliste, bricolé et décalé. Jean-Luc Fonck transforme les mots en terrain de jeu permanent et affectionne les titres impossibles, les associations absurdes et les chansons qui semblent pouvoir partir dans n’importe quelle direction. Le premier album, Pouet-Pouette, paraît en 1978, tandis que les années suivantes voient le groupe développer progressivement son univers et multiplier les prestations. Cette manière de mélanger chanson humoristique, rock et expérimentation rappelle parfois l’esprit de Boby Lapointe, tout en conservant une identité profondément personnelle. L’aventure prend une nouvelle dimension dans les années 1980. Après plusieurs productions indépendantes, Sttellla publie notamment Fuite au prochain lavabo puis Les poissons s’en fishent et les pieds s’en footent. Le groupe commence alors à dépasser les frontières belges et se produit en France, en Suisse et au Québec. Une rencontre avec François Hadji-Lazaro conduit à une collaboration avec Boucherie Productions, label particulièrement lié à la scène alternative française de l’époque. Sttellla partage alors certaines affiches avec des groupes comme Les Garçons Bouchers, La Mano Negra ou Noir Désir, sans pour autant appartenir réellement au mouvement punk. En 1990, L’avenir est à ceux qui s’éléphanteau confirme cette identité faite de jeux de mots, de petites mélodies entêtantes, de claviers, de boîtes à rythmes et d’arrangements volontairement décalés. Mais c’est surtout Torremolinos qui va offrir au groupe son plus grand succès populaire. Paradoxalement, cette chanson devenue emblématique de Sttellla ne repose pas sur l’avalanche de calembours qui caractérise habituellement Jean-Luc Fonck. Son succès propulse le groupe auprès d’un public beaucoup plus large et accompagne l’album Manneken pis not war / Faisez la mouche pas la guêpe, qui deviendra disque d’or en Belgique. Après la séparation artistique du duo formé avec Mimi Crofilm au début des années 1990, Jean-Luc Fonck poursuit l’aventure en faisant évoluer Sttellla autour de sa propre personnalité. Le groupe devient progressivement une formation à géométrie variable, capable de se présenter avec plusieurs musiciens ou dans des configurations plus réduites. Les albums continuent de s’enchaîner, parmi lesquels The dark side of the moule, Il faut tourner l’apache, Un homme avec un grand H au pays des prises de têtes ou encore Le plus beau jour de magie. Sttellla ne disparaît jamais vraiment du paysage. Jean-Luc Fonck multiplie parallèlement les projets, les spectacles, les chroniques et les chansons, tout en continuant à alimenter l’univers du groupe. En 2014, Ounne dosse treize accompagne notamment la tournée des quarante ans, puis viennent Regratte-moi dans les yeux en 2016 et Les Carabistouilles en 2018. En 2022, l’EP Pas de sens poursuit encore cette tradition du jeu verbal et de l’absurde. L’une des particularités les plus étonnantes de Sttellla réside dans sa capacité à transformer l’improvisation en véritable méthode de création. Depuis 2013, Jean-Luc Fonck propose notamment chaque semaine sur Vivacité une chanson construite autour de quatre mots imposés par les auditeurs. Le principe a donné naissance à plusieurs centaines de chansons, certaines ayant ensuite été enregistrées et diffusées sur les plateformes sous le titre Les chansons du 8/9. Cette créativité permanente explique en partie la longévité exceptionnelle du projet.
Avec plusieurs décennies de carrière, des milliers de concerts et une discographie qui continue de s’enrichir, Sttellla occupe une place assez unique dans la chanson francophone. Le groupe n’a jamais cherché à entrer dans une catégorie précise : rock, chanson humoristique, pop décalée ou spectacle musical, toutes ces étiquettes ne décrivent qu’une partie de son univers. Jean-Luc Fonck revendique surtout une liberté totale, celle de pouvoir passer d’une chanson à une autre, d’un jeu de mots à une idée absurde et d’une mélodie improbable à un véritable tube populaire. Sttellla est finalement bien plus qu’un groupe humoristique : c’est un véritable laboratoire de fantaisie musicale, porté depuis près d’un demi-siècle par l’imagination de Jean-Luc Fonck. Entre calembours, chansons absurdes, mélodies simples et énergie scénique, le groupe a construit une œuvre profondément belge mais capable de franchir les frontières. Et derrière les plaisanteries et les titres impossibles se cache une vraie longévité artistique : celle d’un musicien qui a choisi de ne jamais se prendre trop au sérieux, tout en prenant la musique suffisamment au sérieux pour continuer à la réinventer.