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1 septembre 2026

Culture : Les pleureuses, le métier oublié de celles qui pleuraient les morts

 







  Dans certaines civilisations, la mort ne se vivait pas dans le silence. Elle s'accompagnait de cris, de lamentations, de chants et parfois de véritables mises en scène du chagrin. Au cœur de ces cérémonies funéraires se trouvaient les pleureuses, des femmes dont le rôle était d'exprimer publiquement la douleur provoquée par la disparition d'un être humain.


  Leur présence peut aujourd'hui sembler étrange, voire déroutante. Comment imaginer engager quelqu'un pour pleurer lors d'un enterrement ? Pourtant, pendant des siècles, les pleureuses ont occupé une place importante dans les rites funéraires de nombreuses sociétés.


  L'histoire des pleureuses remonte à l'Antiquité. Dans l'Égypte ancienne, elles accompagnaient les cérémonies funéraires en poussant des lamentations et en accomplissant des gestes symboliques de désespoir. Certaines représentations montrent des femmes les bras levés, les cheveux défaits ou le visage marqué par la douleur. Leur chagrin n'était pas seulement personnel : il participait à un rituel destiné à accompagner le défunt vers l'au-delà. Dans la Grèce antique également, les funérailles donnaient lieu à de grandes démonstrations de tristesse. Les femmes jouaient un rôle essentiel dans les lamentations, parfois sous la forme de chants funèbres. Pleurer, crier et évoquer la mémoire du mort permettaient de donner une voix à la douleur collective. Mais les pleureuses n'étaient pas simplement là pour faire du bruit. Leur fonction était profondément symbolique. La mort bouleversait l'ordre d'une famille et d'une communauté, et les lamentations permettaient d'exprimer ce bouleversement. Là où les proches pouvaient être paralysés par leur chagrin, les pleureuses donnaient une forme visible et sonore à la souffrance.


  Dans certaines régions méditerranéennes, cette tradition a survécu pendant très longtemps. Des femmes pouvaient être appelées pour accompagner un enterrement et chanter les qualités du défunt, raconter son existence ou évoquer les circonstances de sa disparition. Leurs lamentations devenaient alors une sorte d'hommage public.


  La Corse a elle aussi connu des traditions funéraires particulièrement fortes autour de l'expression du deuil. Les chants et les lamentations occupaient une place importante dans la culture populaire. La douleur n'était pas forcément vécue dans l'intimité : elle pouvait être partagée, chantée et portée par toute une communauté.


  Avec le temps, la figure de la pleureuse a progressivement disparu d'une grande partie de l'Europe occidentale. Les cérémonies funéraires sont devenues plus discrètes, plus codifiées, et l'expression spectaculaire du chagrin a parfois été considérée comme excessive ou déplacée. Pourtant, la tradition n'a jamais totalement disparu. Dans certaines régions du monde, des femmes continuent encore aujourd'hui à jouer un rôle particulier lors des funérailles. Les lamentations, les chants funèbres et les manifestations collectives de douleur restent profondément ancrés dans certaines cultures.


  Les pleureuses nous rappellent surtout que notre manière de vivre la mort n'est pas universelle. Dans les sociétés modernes, nous avons souvent tendance à considérer le deuil comme une expérience intime, presque silencieuse. Pendant des siècles, au contraire, la douleur pouvait être collective, bruyante et visible. La figure de la pleureuse peut faire sourire ou surprendre, mais elle raconte quelque chose de profondément humain. Face à la mort, les hommes ont toujours cherché une manière d'exprimer l'inexprimable. Les cris, les chants et les larmes des pleureuses étaient une réponse à cette impossibilité de mettre des mots sur la disparition.


  Les pleureuses appartiennent à ces traditions anciennes qui peuvent sembler étranges à notre époque, mais qui révèlent une autre manière de comprendre le deuil. Elles donnaient un visage, une voix et parfois même une musique à la douleur collective. Bien plus que de simples femmes payées pour pleurer, elles étaient les gardiennes d'un rituel où les émotions avaient le droit d'exister pleinement. Leur disparition progressive témoigne de l'évolution de notre rapport à la mort, devenue plus intime et plus silencieuse. Pourtant, leur souvenir nous rappelle une vérité universelle : face à la disparition d'un être cher, toutes les civilisations cherchent, chacune à leur manière, à faire parler le chagrin.



2 août 2026

Bizarrerie : La momification, histoire d'un rite funéraire hors du commun

 







  Depuis des millénaires, l'être humain cherche à comprendre la mort, à l'accepter ou à la repousser. Parmi les pratiques les plus étonnantes jamais imaginées figure la momification, un procédé destiné à préserver le corps après le décès. Si l'Égypte antique en est l'exemple le plus célèbre, de nombreuses civilisations, sur tous les continents, ont développé leurs propres techniques pour empêcher la décomposition des défunts. Derrière cette étrange pratique se cachent des croyances religieuses, des traditions culturelles, mais aussi un savoir-faire remarquable. La momification répond avant tout à une conviction spirituelle. Dans de nombreuses cultures, le corps devait rester intact afin que l'âme puisse poursuivre son existence dans l'au-delà. Pour les anciens Égyptiens, la conservation du corps était essentielle : sans lui, l'âme risquait de ne jamais retrouver son enveloppe terrestre. D'autres peuples voyaient également dans cette préservation une manière d'honorer les ancêtres, de maintenir leur présence parmi les vivants ou d'affirmer le prestige des dirigeants. Certaines momies étaient même considérées comme des intermédiaires entre les hommes et les dieux.


  La momification atteint son apogée en Égypte entre le IIIe millénaire avant notre ère et l'époque romaine. Les embaumeurs retiraient les organes internes, à l'exception du cœur, considéré comme le siège de l'intelligence et des émotions. Le cerveau, lui, était extrait par les narines à l'aide d'un crochet métallique. Le corps était ensuite recouvert de natron, un mélange naturel de sels qui absorbait toute l'humidité. Après plusieurs semaines de séchage, il était soigneusement enveloppé dans des centaines de mètres de bandelettes de lin. Des amulettes protectrices étaient glissées entre les tissus avant que la momie ne soit déposée dans un ou plusieurs sarcophages richement décorés. Ce rituel pouvait durer près de soixante-dix jours et mobilisait de nombreux spécialistes. Contrairement à une idée largement répandue, les momies ne sont pas une exclusivité égyptienne. Les Chinchorros, un peuple installé sur les côtes du Chili et du Pérou il y a plus de 7 000 ans, pratiquaient déjà une forme sophistiquée de momification, bien avant les pharaons. Dans les Andes, les Incas plaçaient parfois leurs souverains dans des tombeaux en haute montagne où le froid assurait une conservation naturelle exceptionnelle. En Chine, certaines sépultures parfaitement étanches ont permis de préserver des corps pendant plus de deux mille ans. Au Japon, quelques moines bouddhistes poussèrent la pratique à un niveau extrême : ils entreprenaient une lente préparation de leur vivant, suivant un régime alimentaire drastique destiné à empêcher la décomposition après leur mort. Cette pratique, appelée sokushinbutsu, demeure l'une des plus étonnantes de l'histoire.


  Toutes les momies ne sont pas le fruit d'une intervention humaine. Certaines sont créées par la nature elle-même. Le froid intense des glaciers, la sécheresse des déserts, les tourbières d'Europe du Nord ou encore certaines grottes très sèches peuvent préserver un corps pendant des siècles, voire des millénaires. Ces momies naturelles constituent aujourd'hui de véritables trésors pour les archéologues, car elles conservent parfois la peau, les cheveux, les vêtements et même le contenu de l'estomac.


  Les techniques modernes permettent désormais d'étudier les momies sans les endommager. Les scanners médicaux, les analyses ADN et la datation offrent une mine d'informations sur l'alimentation, les maladies, les blessures ou encore les liens familiaux des populations anciennes. Grâce à ces découvertes, les chercheurs reconstituent peu à peu le quotidien de civilisations disparues. Certaines analyses ont même révélé des traces de cancers, de maladies cardiovasculaires ou de parasites vieux de plusieurs milliers d'années. Les momies sont souvent associées aux malédictions et aux phénomènes surnaturels. Cette réputation s'est surtout développée après la découverte du tombeau de Toutânkhamon en 1922, lorsque plusieurs décès parmi les personnes liées à l'expédition furent interprétés comme une vengeance du pharaon. En réalité, aucune preuve scientifique n'a jamais confirmé l'existence d'une quelconque malédiction. Les historiens estiment que cette légende a été largement amplifiée par la presse de l'époque, puis par la littérature et le cinéma fantastique.


  Aujourd'hui encore, les momies continuent de captiver le public. Elles sont exposées dans les plus grands musées du monde et font l'objet de recherches toujours plus poussées. Entre mystère, religion, archéologie et médecine, elles constituent un témoignage unique sur les civilisations anciennes et sur la relation que les êtres humains entretiennent avec la mort.


  Préserver un corps pour l'éternité peut sembler étrange, voire déroutant. Pourtant, la momification révèle avant tout une profonde réflexion sur le temps, la mémoire et le destin de l'homme. Derrière chaque momie se cache une histoire, une croyance et un savoir-faire qui défient les siècles. Loin de n'être qu'une curiosité macabre, ces vestiges offrent une fenêtre exceptionnelle sur les sociétés disparues et rappellent combien le désir de laisser une trace après la mort est universel.