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14 janvier 2026

Culture : Erwin Rommel, dit "le Renard du désert"








  Erwin Rommel demeure l’une des figures militaires les plus fascinantes et controversées du XXᵉ siècle. Surnommé le " Renard du désert " pour son audace et son sens tactique hors normes, le maréchal allemand a marqué l’histoire par ses campagnes spectaculaires en Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale. Son image, longtemps idéalisée, oscille aujourd’hui entre admiration pour le stratège et questionnement moral face à son engagement au service du régime nazi.


  Né en 1891 à Heidenheim, dans le sud de l’Allemagne, Rommel ne provient pas de l’aristocratie militaire traditionnelle. Officier talentueux dès la Première Guerre mondiale, il se distingue par son courage sur le front italien, ce qui lui vaut la prestigieuse décoration du "Pour le Mérite". Ces expériences forgent chez lui une vision moderne du combat, fondée sur la mobilité, la surprise et l’initiative individuelle. C’est pendant la Seconde Guerre mondiale que Rommel accède à la célébrité internationale. Après avoir commandé avec succès la 7ᵉ Panzerdivision lors de la campagne de France en 1940, il est envoyé en Afrique du Nord pour soutenir les forces italiennes en difficulté. À la tête de l’Afrikakorps, il mène une série d’offensives fulgurantes contre les Britanniques, transformant le désert en un immense champ de manœuvres tactiques où vitesse et improvisation deviennent ses armes favorites. Rommel se forge alors une réputation unique, y compris chez ses adversaires. Les chefs alliés reconnaissent son habileté, son sens du terrain et sa capacité à retourner des situations compromises. Contrairement à l’image brutale souvent associée aux généraux du Reich, il est également connu pour un certain respect des lois de la guerre, notamment envers les prisonniers, ce qui contribue à nourrir le mythe d’un officier « chevaleresque ».


  Cependant, cette image reste indissociable du contexte idéologique dans lequel Rommel évolue. Bien qu’il ne soit pas membre du parti nazi et qu’il entretienne une relation complexe avec Hitler, il sert néanmoins un régime criminel. À partir de 1943, ses doutes sur la conduite de la guerre et l’avenir de l’Allemagne s’intensifient, notamment après le débarquement allié et l’effondrement progressif du front. Impliqué indirectement dans le complot du 20 juillet 1944 visant à assassiner Hitler, Rommel devient une menace symbolique pour le régime. Trop populaire pour être jugé publiquement, il est contraint au suicide le 14 octobre 1944. Sa mort est officiellement présentée comme la conséquence de blessures de guerre, et des funérailles nationales lui sont accordées, scellant définitivement sa légende.


  Aujourd’hui, Rommel incarne une figure ambivalente. Stratège brillant pour les uns, officier prisonnier de son époque pour les autres, il pose une question essentielle sur la responsabilité individuelle en temps de guerre. Son parcours rappelle que le talent militaire, aussi exceptionnel soit-il, ne peut être dissocié du cadre politique et moral dans lequel il s’exerce. C’est précisément cette tension entre génie tactique et compromission historique qui continue de faire de Rommel un sujet d’étude, de débat et de fascination.



30 avril 2025

Culture : La Pervitine, l’amphétamine des nazis

 






  Pendant la Seconde Guerre mondiale, la victoire semblait aussi se jouer dans les laboratoires. Parmi les substances les plus emblématiques utilisées par le régime nazi figure la Pervitine, une amphétamine synthétique distribuée massivement aux troupes allemandes. Ce petit comprimé blanc, présenté à l’époque comme une "vitamine miracle", allait transformer le comportement et la résistance des soldats allemands, pour le meilleur, puis rapidement pour le pire.


  La Pervitine est mise au point en 1937 par les laboratoires Temmler Werke, basés à Berlin. En 1938, elle est mise sur le marché comme médicament en vente libre, vantée comme un remède contre la fatigue, la dépression et même les douleurs menstruelles. Mais très vite, la Wehrmacht comprend son potentiel militaire. Les soldats sous Pervitine restent éveillés plus de 24 heures, endurent les marches forcées, et exécutent les ordres avec une concentration et une agressivité accrues.


  Pendant la campagne de France en 1940, des dizaines de millions de comprimés sont distribués aux troupes. Les soldats allemands avancent jour et nuit, sans repos, écrasant les défenses françaises avec une rapidité déconcertante. Le général Rommel, chef de la 7e Panzerdivision, aurait fait distribuer des doses à ses hommes pour maintenir leur rythme effréné. La drogue devient une arme tactique autant qu’un dopant. La Blitzkrieg, la "guerre éclair", se déroule aussi dans le système nerveux. Les effets de la Pervitine sont fulgurants, mais pas sans conséquences. Très vite, les médecins militaires observent des crises de paranoïa, des hallucinations, de l’insomnie chronique, et même des accès de violence incontrôlée. De nombreux soldats tombent dans une dépendance sévère et souffrent de syndromes de manque.


  Face à ces effets secondaires, le commandement allemand tente de restreindre son usage à partir de 1941. Une version combinée avec un sédatif, appelée D-IX, est même testée dans les camps de concentration, notamment à Sachsenhausen, sur des prisonniers forcés de marcher jusqu’à l’épuisement.


  Le rôle de la Pervitine au sommet du pouvoir nazi reste débattu. Le médecin personnel d’Hitler, Theodor Morell, lui administrait régulièrement des cocktails de vitamines, hormones, et autres substances. Plusieurs sources indiquent que des injections de méthamphétamine faisaient partie du traitement du Führer à partir de 1943, ce qui pourrait expliquer certaines de ses décisions totalement irrationnelles lors de la fin de la guerre. Après 1945, la Pervitine est interdite dans la plupart des pays, mais son histoire reste une leçon troublante sur l’alliance entre science, guerre et pouvoir. Elle préfigure les problèmes de dopage militaire modernes et les dérives des psychotropes dans un contexte politique de contrôle absolu.


  Après la capitulation de l’Allemagne nazie, des millions de comprimés de Pervitine restaient en circulation, entre les stocks non détruits et les réserves personnelles. Dans l’Allemagne en ruines, marquée par la faim, la fatigue et la peur, la Pervitine devient une drogue de survie. Ouvriers, mères de famille épuisées, étudiants ou anciens soldats s’en procurent "sous le manteau", espérant quelques heures d’énergie ou d’évasion. Sur le marché noir, elle circule librement, parfois sous d’autres noms, parfois vendue à la découpe comme une pseudo-vitamine ou un coupe-faim. Ce trafic est toléré pendant un temps, puis progressivement réprimé à mesure que l’opinion publique prend conscience de ses effets addictifs. En RDA comme en RFA, les autorités médicales classent officiellement la Pervitine comme substance dangereuse dans les années 1950, et elle disparaît peu à peu du paysage légal, mais non sans avoir laissé des traces durables dans les corps et les mémoires.