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9 janvier 2026

Culture : Hernán Cortés et la conquête sanglante de l’empire aztèque








  Hernán Cortés est l’une des figures les plus controversées de l’histoire moderne. Aventurier, stratège et conquistador espagnol, il incarne à la fois l’audace de l’exploration européenne et la violence brutale de la conquête coloniale. Son nom reste indissociable de la chute de l’empire aztèque et de l’ouverture du continent américain à la domination espagnole au XVIᵉ siècle.


  Né en 1485 à Medellín, en Estrémadure, une région pauvre mais pourvoyeuse de nombreux conquistadors, Cortés appartient à une petite noblesse sans grande fortune. Après de brèves études de droit à Salamanque, il quitte l’Espagne pour le Nouveau Monde. Il s’installe à Hispaniola, puis à Cuba, où il développe ses talents politiques et son ambition dans un contexte colonial instable. En 1519, contre l’avis du gouverneur de Cuba Diego Velázquez, Cortés prend la tête d’une expédition vers les côtes du Mexique. Lorsqu’il débarque, il ne dispose que d’environ 500 à 600 conquistadors espagnols, d’une quinzaine de cavaliers, de quelques arquebusiers, arbalétriers et de quelques canons légers. Face à l’empire aztèque, cette force paraît dérisoire, mais Cortés mise sur la stratégie, les alliances et la psychologie plutôt que sur la supériorité numérique. Très vite, il comprend que l’empire repose sur un système de domination fragile. Il s’allie aux Tlaxcaltèques et à d’autres peuples soumis aux Aztèques, transformant une petite troupe européenne en une vaste coalition indigène. L’aide de Malinalli, dite La Malinche, est déterminante : interprète et conseillère, elle permet à Cortés de comprendre les rivalités internes et les codes politiques du pouvoir aztèque.


  À son arrivée à Tenochtitlan en novembre 1519, Cortés est accueilli par l’empereur Moctezuma II dans un climat de tension et de méfiance. Rapidement, le conquistador décide de frapper un coup décisif. Sous prétexte d’assurer la sécurité des Espagnols après un incident impliquant des soldats aztèques, Cortés fait prendre Moctezuma en otage dans son propre palais. L’empereur devient alors un souverain prisonnier, contraint de gouverner sous la surveillance espagnole. Pendant plusieurs mois, Moctezuma est utilisé comme instrument politique. Il ordonne à ses sujets de ne pas attaquer les Espagnols et reconnaît formellement la souveraineté du roi d’Espagne. Cette situation humiliante affaiblit profondément son autorité. Aux yeux d’une partie de la population, l’empereur apparaît désormais comme un dirigeant soumis, incapable de défendre les traditions et l’indépendance aztèques. La situation explose en 1520, lorsque Pedro de Alvarado, lieutenant de Cortés, ordonne un massacre lors d’une cérémonie religieuse en l’absence de son chef. La ville se soulève. À son retour, Cortés tente de calmer la révolte en faisant apparaître Moctezuma devant la foule afin qu’il appelle au calme. L’initiative échoue. L’empereur est alors lapidé par son propre peuple, gravement blessé. Moctezuma meurt peu après, dans des circonstances encore débattues par les historiens. Les sources espagnoles affirment qu’il succombe à ses blessures causées par la foule, tandis que certaines traditions indigènes évoquent un possible assassinat par les Espagnols, devenus inutiles à leurs yeux. Quelles que soient les causes exactes, sa mort marque la rupture définitive entre les Aztèques et les conquistadors.


  Peu après, les Espagnols sont contraints de fuir la ville lors de la Noche Triste. Cortés réorganise ses forces, s’appuie sur ses alliés indigènes et revient assiéger Tenochtitlan. En 1521, malgré un noyau toujours limité de soldats espagnols, mais soutenu par des dizaines de milliers de guerriers indigènes, il remporte une victoire décisive. La capitale est détruite et l’empire aztèque s’effondre.


  La conquête repose autant sur la stratégie de Cortés que sur des facteurs extérieurs : supériorité technologique, divisions internes et surtout propagation de maladies européennes, notamment la variole. Ces éléments transforment une expédition de quelques centaines d’hommes en une catastrophe démographique et culturelle pour les peuples mésoaméricains. Après la conquête, Cortés devient gouverneur de la Nouvelle-Espagne, mais son pouvoir est rapidement contesté. Écarté par l’administration royale, il passe ses dernières années entre procès, voyages et amertume politique.


  Hernán Cortés meurt en 1547, loin de la gloire qu’il espérait. Son héritage reste profondément ambivalent. Il est à la fois le symbole du génie stratégique de la conquête et celui de la destruction d’une civilisation. La prise d’otage et la mort de Moctezuma II illustrent la brutalité de cette rencontre entre deux mondes et marquent l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire américaine.



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