Rechercher dans ce blog

Les archives

12 janvier 2026

Culture : Le Bohemian Club, quand les puissants se réunissent loin du monde

 







  Fondé en 1872 à San Francisco, le Bohemian Club est l’un des cercles privés les plus énigmatiques et exclusifs des États-Unis. Officiellement créé comme un club d’artistes, d’écrivains et de journalistes, il est rapidement devenu un lieu de rassemblement pour certaines des figures les plus puissantes du monde politique, économique et militaire américain. Sa devise officieuse pourrait être résumée ainsi : ce qui se passe au Bohemian Club n’en sort jamais.


  Le club est surtout connu pour son retrait annuel au Bohemian Grove, une immense propriété boisée située en Californie du Nord, au cœur d’une forêt de séquoias géants. Chaque été, pendant environ deux semaines, plusieurs centaines d’hommes parmi les plus influents de la planète s’y retrouvent, loin des médias et du regard du public. À l’entrée du Grove trône une gigantesque statue de hibou, haute de plusieurs mètres. Cet oiseau nocturne, symbole ancien de sagesse mais aussi de secret et d’observation, est devenu l’icône la plus célèbre du Bohemian Club. C’est devant cette statue qu’a lieu l’un des rituels les plus controversés du club : la “Cremation of Care”, une cérémonie théâtrale censée symboliser l’abandon des soucis du monde extérieur.


  Malgré son apparence quasi ésotérique, le Bohemian Club se présente comme un lieu de détente, de camaraderie et de création artistique. Concerts, pièces de théâtre, lectures de poésie et performances musicales y sont organisés. Pourtant, la liste de ses membres passés et présents alimente toutes les suspicions. Parmi eux figurent plusieurs présidents américains, des secrétaires à la Défense, des dirigeants de multinationales, des banquiers influents et des figures majeures de la diplomatie mondiale.


  Ce mélange d’art, de pouvoir et de secret a nourri de nombreuses théories. Certaines avancent que des décisions majeures de l’histoire mondiale y auraient été discutées de manière informelle. Un exemple souvent cité est la rencontre, durant la Seconde Guerre mondiale, de scientifiques et de responsables politiques liés au projet Manhattan, qui mènera à la création de la bombe atomique. Si ces faits sont partiellement documentés, leur portée réelle reste sujette à débat. Le caractère exclusivement masculin du Bohemian Club a longtemps été critiqué. Pendant plus d’un siècle, aucune femme n’y a été admise comme membre à part entière, renforçant l’image d’un club figé dans une vision élitiste et archaïque du pouvoir. Ce n’est que très récemment que certaines pratiques ont été timidement remises en question, sans que le fonctionnement interne du club ne devienne réellement transparent.


  Ce qui fascine le plus dans le Bohemian Club, ce n’est peut-être pas ce que l’on sait, mais ce que l’on ne sait pas. Dans une époque saturée d’informations, l’existence d’un lieu où l’élite mondiale se réunit à huis clos, sans enregistrement, sans communiqués et sans témoins extérieurs, agit comme un aimant à fantasmes. Entre simple club mondain, cénacle artistique et sanctuaire discret du pouvoir, le Bohemian Club occupe une place unique dans l’imaginaire collectif. Il rappelle que, même dans les sociétés modernes et démocratiques, le pouvoir aime parfois se dissimuler derrière des symboles anciens, des rituels étranges et le silence d’une forêt millénaire.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire