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2 août 2026

Culture : Charles VII, histoire d'un roi méconnu devenu le vainqueur de la guerre de Cent Ans

 







  Lorsque Charles VII monte sur le trône en 1422, la France traverse l'une des périodes les plus sombres de son histoire. Le royaume est profondément divisé par la guerre de Cent Ans, tandis qu'une grande partie du territoire est occupée par les Anglais et leurs alliés bourguignons. Beaucoup doutent même de sa légitimité, au point que ses ennemis le surnomment ironiquement le « roi de Bourges », en référence au territoire réduit qu'il contrôle alors. Pourtant, contre toute attente, ce souverain discret parvient à renverser la situation et à poser les bases de la France moderne.


  Né le 22 février 1403 à Paris, Charles est le cinquième fils du roi Charles VI, dont les crises de folie fragilisent considérablement le pouvoir royal. Après la mort prématurée de ses frères aînés, il devient dauphin, mais sa succession est remise en cause par le traité de Troyes de 1420. Cet accord reconnaît le roi d'Angleterre Henri V comme héritier du royaume de France, écartant Charles du trône. À la mort de son père, en 1422, il se proclame néanmoins roi, sans pouvoir être sacré à Reims, ville alors contrôlée par les ennemis. Le destin du royaume change en 1429 avec l'apparition d'une jeune paysanne lorraine : Jeanne d'Arc. Convaincue d'agir sur ordre divin, elle persuade Charles de lui confier une armée afin de secourir Orléans, assiégée par les Anglais. Sa victoire spectaculaire redonne confiance aux Français. Dans son sillage, Charles peut enfin rejoindre Reims, où il est sacré roi le 17 juillet 1429, une cérémonie essentielle qui renforce sa légitimité aux yeux du peuple. Même après la capture puis l'exécution de Jeanne d'Arc en 1431, Charles VII poursuit méthodiquement la reconquête du royaume. Il privilégie une stratégie politique et militaire plus efficace que celle de ses prédécesseurs. En 1435, le traité d'Arras met fin à l'alliance entre les Bourguignons et les Anglais, isolant progressivement ces derniers sur le continent.


  Le règne de Charles VII marque également une profonde transformation de l'État. Il crée une armée permanente composée de compagnies d'ordonnance, considérée comme la première armée royale permanente de France. Cette réforme limite la dépendance du souverain envers les seigneurs féodaux et renforce considérablement l'autorité de la monarchie. Il réorganise également la fiscalité afin de financer durablement cette force militaire, notamment grâce à la taille, un impôt devenu permanent. Les progrès militaires se poursuivent jusqu'à la victoire décisive de Castillon en 1453, généralement considérée comme la fin de la guerre de Cent Ans. Les Anglais perdent alors presque toutes leurs possessions françaises, ne conservant que le port de Calais. Après plus d'un siècle de conflits, le royaume retrouve une stabilité qui ouvre la voie au renforcement du pouvoir royal.


  Les dernières années de Charles VII sont cependant assombries par les tensions avec son fils, le futur Louis XI. Les relations entre les deux hommes deviennent si conflictuelles que le dauphin s'exile auprès du duc de Bourgogne. Affaibli physiquement et moralement, Charles VII meurt le 22 juillet 1461 au château de Mehun-sur-Yèvre, laissant à son héritier un royaume largement pacifié et bien plus solide qu'à son avènement.


  Longtemps éclipsé par la figure héroïque de Jeanne d'Arc, Charles VII apparaît aujourd'hui comme l'un des grands bâtisseurs de la monarchie française. Sans être un chef de guerre flamboyant, il sut écouter les bonnes personnes, moderniser les institutions et restaurer progressivement l'autorité de la couronne. Son règne marque un véritable tournant dans l'histoire de France, faisant passer le royaume d'une situation proche de l'effondrement à celle d'une puissance capable d'affirmer durablement son unité et son indépendance.



10 avril 2025

Culture : Jeanne d'Arc, un miracle annoncé







  Jeanne d’Arc naît aux alentours de 1412 à Domrémy, un petit village situé aux confins du duché de Bar (actuellement en Lorraine). Elle nait dans une France morcelée, complètement dévastée par la guerre de Cent Ans et marquée par une insécurité permanente. Fille de Jacques d’Arc, un laboureur aisé, et d’Isabelle Romée. Jeanne grandit au sein d’une famille de paysans libres, ni nobles ni asservis, mais respecté. Son enfance se déroule à la campagne, imprégnée de traditions chrétiennes et de récits de saints. Elle apprend la piété, la foi en Dieu sans même savoir lire. Dans cette France ruinée, dévastée et miséreuse, tout les repères s’effondrent. Le roi est contesté, d'ailleurs, quand Jeanne d'Arc le rencontre il est dauphin, et pas encore roi. Le peuple est complètement désespéré, les invasions anglaises ainsi que les raids et escarmouches, se succèdent. Les paysans sont les premiers à souffrir de cette instabilité toujours croissantes. Ils s’en remettent à Dieu et à ses saints pour obtenir protection et délivrance, et en même temps ils n'ont pas le choix. La religion n’est pas seulement un refuge spirituel c'est aussi le cœur battant de cette société rurale. C’est dans ce climat de tensions que Jeanne va forger son caractère. Très tôt, elle se distingue des autres par sa ferveur religieuse. Elle se rendait souvent seule à l’église, et elle priait longuement, montrant ainsi une sensibilité spirituelle peu commune. Elle n’était pas une enfant comme les autres, elle était sérieuse, pieuse et réservée. Rien ne la prédestinait à la guerre, et pourtant, c’est depuis ce monde emprunt à une peur quotidienne, ce monde simple et reculé, que sa voix s’est élevée pour bouleverser l'ordre établis. 


  Selon ses propres dires, à l’âge de treize ans, alors qu’elle était dans le jardin de son père, Jeanne entend une voix accompagnée d'une lumière éblouissante, et une présence l’enveloppe. Une expérience qui se répétera souvent, durant des années, avec une intensité croissante. Ce sont les voix de saint Michel, sainte Marguerite et sainte Catherine d’Alexandrie. Ces voix la guident, la rassurent et la poussent à rester pure, pieuse, mais surtout et c'est là que ça commence à être intéressant, à accomplir sa mission divine : sauver le royaume de France et faire sacrer le dauphin à Reims. Une tâche surhumaine pour une fille de simples paysans. Et pourtant, Jeanne ne doute pas. Elle y croit entièrement et inébranlablement. Les voix deviennent pour elle une autorité supérieure à celle des hommes, des prêtres ou même des rois. Ces voix sont d'origines divines, à travers ces voix, elle affirme agir au nom de Dieu, et cette légitimité divine va bouleverser le rapport de force. 


  Bien avant sa naissance, et bien après sa mort, la France pullulait de prophéties. Certaines annoncent qu’une «"pucelle venue de Lorraine" sauvera le royaume de France. D’autres évoquent une vierge guerrière surgissant du peuple pour défendre la couronne alors menacée. C'est dans ce pays à genoux, ravagé par la guerre et rongé par le doute, que, ces prédictions résonnent comme autant de promesses d’avenir. Quand Jeanne se présente à la cour du dauphin Charles VII en 1429, elle a 17 ans et ces rumeurs préexistantes jouent en sa faveur. Pour beaucoup, elle devient l’incarnation vivante de cette attente collective. Aux yeux du peuple, cela suffit déjà à reprendre espoirs. Elle adopte le mot "Pucelle" comme surnom, ce qui n'est pas un geste anodin. Ce surnom renvoie à sa virginité, signe de pureté et signe d’élection divine, mais aussi à l’imagerie prophétique d’une jeune fille choisie par Dieu pour libérer son peuple. Ce titre, "la Pucelle", devient une armure symbolique, autant qu’une bannière. Il la protège, il la distingue, et il forge sa légitimité. Jeanne n’a pas de sang noble, ni aucune formation militaire, ni même une autorité quelconque. Pourtant, elle se dresse avec l’assurance comme celle qui agit selon la parole de Dieu. 

  Les conseillers du dauphin (tout en étant sceptiques), comprennent très vite l’intérêt politique et symbolique de cette jeune fille que les foules acclament. Jeanne devient très vite une figure charismatique et surtout providentielle (envoyée de Dieu). Charles VII se laisse convaincre. Le miracle annoncé semble s’accomplir sous leurs yeux : une pucelle surgie de Lorraine, guidée par Dieu, pour sauver la France. Jeanne quand à elle, ne doute jamais de sa mission divine et elle incarne les prophéties. Et dans cette fusion étrange entre foi personnelle et mythe collectif, son destin prend une dimension romanesque, quasi biblique.


  En 1429, la situation est critique. Orléans qui était l'une des principales villes du royaume de France, (autant par sa position stratégique que par son importance économique et politique), est assiégée par les Anglais depuis 7 mois. Sa chute engendrerai l’effondrement du peu qu’il reste du royaume de France. C’est dans ce contexte d’urgence qu’apparaît Jeanne sur le champs de bataille, décidée à agir "au nom de Dieu" pour libérer la ville. Elle impressionne par sa fermeté, sa détermination et sa foi inébranlable. Armée d’une bannière blanche frappée des noms de Jésus et Marie, Jeanne n’est pas une stratège, mais elle galvanise les troupes et c'est suffisant. Sa présence seule semble insuffler un nouvel élan à des soldats démoralisés. En l'espace de quelques jours, elle participe à une série d’assauts décisifs. Le siège d’Orléans est levé le 8 mai 1429. C'est un des plus hauts faits militaires de l'histoire de France, le miracle s'est produit et la nouvelle se répand dans tout le royaume, Jeanne "la Pucelle" a tenue parole.

  Mais elle ne s’arrêtera pas là. Son objectif est de faire sacrer Charles VII à Reims, selon la tradition qui remonte à Clovis. Le sacre n’est pas un simple couronnement, c’est un acte de légitimation. Sans cela, le dauphin resterait contesté. Le chemin vers Reims, encore tenu par des villes hostiles ou indécises, est périlleux. Pourtant, avec Jeanne d'Arc en tête des armées, les villes se rendent sans combattre, comme subjuguées par sa présence et la vague d’espérance qu’elle renvoi. Le 17 juillet 1429, dans la cathédrale de Reims, Charles VII est sacré roi de France. Jeanne est là, bannière en main, à ses côtés. C’est l’accomplissement de sa mission, le point culminant de son épopée. Pour beaucoup, c’est une preuve que Dieu est bien avec elle et donc avec eux.


  Mais ce triomphe ne durera pas longtemps. Son étoile a brillé trop fort, trop vite.


  À peine un an après le sacre de Charles VII, le vent tourne. Jeanne, auréolée de gloire, gêne. Son rôle militaire s’affaiblit, la guerre continue, on lui alloue beaucoup moins de soldats. Son influence politique inquiète, les intrigues se resserrent. L’image de Jeanne, si pure et si lumineuse, commence à déranger. Le roi en personne, désormais légitimé, se montre de plus en plus distant. Elle continue de se battre notamment pour reprendre Paris, mais elle n’est plus soutenue comme avant, c'est un échec. Son caractère intrépide et indépendant, sa foi brûlante, son assurance divine ne s’accordent plus avec la prudence de la cour.


  Le 23 mai 1430, lors d’une escarmouche près de Compiègne, elle est capturée par les Bourguignons, alors alliés des Anglais. Une descente aux enfers commence pour "la Pucelle d'Orléans". Plutôt que de négocier sa libération, le roi l’abandonne. Les Bourguignons la vendent aux Anglais, qui voient en elle non seulement le visage de l'ennemis, mais aussi et surtout un symbole à abattre. Son procès est mené à Rouen par un tribunal ecclésiastique aux ordres des anglais. C'est un procès politique déguisé en procédure religieuse. L’objectif est de la discréditer, la présenter non comme une hérétique, voire une sorcière pour pouvoir s'en débarrasser (dans les règles) . Lors de son procès, ses juges chercheront longuement à la faire trébucher sur ces voix : étaient-elles celles de Dieu ? Ou celles du Diable ? Jeanne, âgée de 19 ans, fait preuve d’un sang-froid et d’une intelligence saisissante. Mais elle est seule, isolée, affaiblie, et terrifiée. Elle finit par céder à la peur et signe une abjuration. Puis elle se rétracte aussi vite. C’en est trop et c'est assez, elle est condamnée à être brûlée vive.

  Le 30 mai 1431, sur la place du Vieux-Marché à Rouen, Jeanne monte sur le bûcher. Jusqu’au bout, elle clame qu’elle a agi selon l'ordre de Dieu. Un moine rapporte que ses dernières paroles furent "Jésus ! Jésus !". À la vue des flammes, un soldat aurait murmuré "Nous avons brûlé une sainte". Jusqu'au bout Jeanne, fidèle à elle-même, ne reniera jamais l’origine céleste de son combat.


  Le roi Charles VII, dont le sacre a été assuré par elle, se repentira de son abandon. En 1456, un procès de réhabilitation est lancé, et un tribunal papal innocentera Jeanne, déclarant qu’elle avait été injustement condamnée dans un procès beaucoup trop partial. Elle est alors reconnue comme une martyre. Elle incarne l’âme de la France, la figure du sacrifice pour la patrie, celle d’une jeune fille de la campagne qui s’est élevée pour mener son peuple à la victoire. Elle sera canonisée par l’Église catholique, 500 ans plus tard. Son mythe se nourrit de ses victoires, mais aussi de sa tragédie. L'histoire retient une sainte martyre et une héroïne nationale, une force intérieure qui a bouleversé le destin d’un royaume, une figure universelle qui transcende les époques. Un symbole intemporel du pouvoir d'une conviction, d'un appel et d'un destin.


  Tout au long des siècles, la Pucelle sera célébrée sous diverses formes, dans la littérature, la peinture, la musique et même la politique. Chaque année, sa mémoire est honorée lors des fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans, et son image reste un symbole de résistance, de pureté, et de lutte pour la justice.


  Mais, de nos jours, que peut-on penser de ces voix ? Les historiens et médecins modernes avancent plusieurs hypothèses : hallucinations liées au stress, syndrome de l’épilepsie du lobe temporal, ou encore des troubles psychiatriques, comme la schizophrénie. D'un coté, aucun de ces diagnostics ne parvient à expliquer la cohérence, la constance et la force morale de son comportement. Et de l'autre coté, les voix, si elles relevaient de la pathologie, auraient pu la marginaliser, mais elles ont fait d’elle une meneuse.


  Et si, au-delà de la science, on acceptait que ces voix ont été le langage intérieur d’une foi absolue, l’expression brûlante d’un destin hors du commun ? 


 Peut-être qu'en elle, comme en chacun de nous, réside une part de ce miracle annoncé.