Lorsque Charles VII monte sur le trône en 1422, la France traverse l'une des périodes les plus sombres de son histoire. Le royaume est profondément divisé par la guerre de Cent Ans, tandis qu'une grande partie du territoire est occupée par les Anglais et leurs alliés bourguignons. Beaucoup doutent même de sa légitimité, au point que ses ennemis le surnomment ironiquement le « roi de Bourges », en référence au territoire réduit qu'il contrôle alors. Pourtant, contre toute attente, ce souverain discret parvient à renverser la situation et à poser les bases de la France moderne.
Né le 22 février 1403 à Paris, Charles est le cinquième fils du roi Charles VI, dont les crises de folie fragilisent considérablement le pouvoir royal. Après la mort prématurée de ses frères aînés, il devient dauphin, mais sa succession est remise en cause par le traité de Troyes de 1420. Cet accord reconnaît le roi d'Angleterre Henri V comme héritier du royaume de France, écartant Charles du trône. À la mort de son père, en 1422, il se proclame néanmoins roi, sans pouvoir être sacré à Reims, ville alors contrôlée par les ennemis. Le destin du royaume change en 1429 avec l'apparition d'une jeune paysanne lorraine : Jeanne d'Arc. Convaincue d'agir sur ordre divin, elle persuade Charles de lui confier une armée afin de secourir Orléans, assiégée par les Anglais. Sa victoire spectaculaire redonne confiance aux Français. Dans son sillage, Charles peut enfin rejoindre Reims, où il est sacré roi le 17 juillet 1429, une cérémonie essentielle qui renforce sa légitimité aux yeux du peuple. Même après la capture puis l'exécution de Jeanne d'Arc en 1431, Charles VII poursuit méthodiquement la reconquête du royaume. Il privilégie une stratégie politique et militaire plus efficace que celle de ses prédécesseurs. En 1435, le traité d'Arras met fin à l'alliance entre les Bourguignons et les Anglais, isolant progressivement ces derniers sur le continent.
Le règne de Charles VII marque également une profonde transformation de l'État. Il crée une armée permanente composée de compagnies d'ordonnance, considérée comme la première armée royale permanente de France. Cette réforme limite la dépendance du souverain envers les seigneurs féodaux et renforce considérablement l'autorité de la monarchie. Il réorganise également la fiscalité afin de financer durablement cette force militaire, notamment grâce à la taille, un impôt devenu permanent. Les progrès militaires se poursuivent jusqu'à la victoire décisive de Castillon en 1453, généralement considérée comme la fin de la guerre de Cent Ans. Les Anglais perdent alors presque toutes leurs possessions françaises, ne conservant que le port de Calais. Après plus d'un siècle de conflits, le royaume retrouve une stabilité qui ouvre la voie au renforcement du pouvoir royal.
Les dernières années de Charles VII sont cependant assombries par les tensions avec son fils, le futur Louis XI. Les relations entre les deux hommes deviennent si conflictuelles que le dauphin s'exile auprès du duc de Bourgogne. Affaibli physiquement et moralement, Charles VII meurt le 22 juillet 1461 au château de Mehun-sur-Yèvre, laissant à son héritier un royaume largement pacifié et bien plus solide qu'à son avènement.
Longtemps éclipsé par la figure héroïque de Jeanne d'Arc, Charles VII apparaît aujourd'hui comme l'un des grands bâtisseurs de la monarchie française. Sans être un chef de guerre flamboyant, il sut écouter les bonnes personnes, moderniser les institutions et restaurer progressivement l'autorité de la couronne. Son règne marque un véritable tournant dans l'histoire de France, faisant passer le royaume d'une situation proche de l'effondrement à celle d'une puissance capable d'affirmer durablement son unité et son indépendance.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire