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22 décembre 2025

Culture : Sambucucciu d’Alundu, le précurseur de la souveraineté populaire

 







  Sambucucciu d’Alundu, parfois orthographié Sambucuccio d’Alando, est l’une des figures fondatrices de l’histoire politique corse et un précurseur des idées de souveraineté populaire. Né vers la fin du XVe siècle dans le village d’Alando, au cœur de la Castagniccia, il incarne le premier grand mouvement de résistance structurée contre la domination génoise. À une époque où la Corse est morcelée, appauvrie et étouffée par un système féodal brutal, Sambucucciu fait émerger une idée radicale : un peuple capable de se gouverner lui-même.


  Issu d’un milieu modeste mais instruit, Sambucucciu est profondément marqué par l’injustice sociale qui règne sur l’île. La noblesse féodale, soutenue par Gênes, exerce un pouvoir écrasant sur les populations rurales, multipliant abus, impôts et violences. Très tôt, il comprend que la libération de la Corse ne peut se faire sans une remise en cause totale de ce système. Il s’oppose frontalement aux seigneurs locaux et prône une organisation politique fondée sur les communautés villageoises et la participation populaire. Son action prend une ampleur décisive au début du XVIe siècle, lorsqu’il devient l’un des principaux inspirateurs de la révolte corse contre Gênes. Sambucucciu n’est pas seulement un meneur d’hommes, mais un véritable penseur politique. Il défend l’idée d’assemblées représentatives, où les chefs de famille et les communautés auraient voix au chapitre. Cette vision, extrêmement novatrice pour l’époque, rompt avec l’ordre féodal et pose les bases d’une Corse plus égalitaire et autonome. L’un de ses héritages majeurs réside dans la mise en avant de la Consulte, ces assemblées corses appelées à décider collectivement des affaires de l’île. Même si Sambucucciu n’en verra pas l’aboutissement durable, son influence est déterminante : il insuffle dans la société corse la notion de souveraineté populaire. Cette idée, transmise de génération en génération, nourrira plus tard les combats de Pasquale Paoli et donnera à la Corse une place singulière dans l’histoire politique européenne.


  La fin de Sambucucciu d’Alundu reste entourée d’incertitudes, mais son combat, lui, traverse les siècles. Plus qu’un chef rebelle, il demeure un symbole : celui d’un homme qui, bien avant les grandes révolutions modernes, osa affirmer que la légitimité du pouvoir devait venir du peuple. En ce sens, Sambucucciu d’Alundu n’est pas seulement un personnage historique corse, il est l’une des premières voix de l’identité politique européenne, voire mondiale, une voix rude, libre et profondément enracinée dans la terre de l’île.



20 décembre 2025

Culture : Le royaume Anglo-Corse, une expérience éphémère mais fascinante








  Au XVIIIᵉ siècle, la Corse connaît une période de turbulences intenses, entre luttes internes et domination génoise. Au milieu de ce chaos surgit l’idée singulière du royaume Anglo-Corse, une expérience politique unique qui, même éphémère, a marqué l’histoire de l’île. L’appellation « Anglo-Corse » traduit l’espoir des Corses de s’allier à des puissances européennes pour garantir leur autonomie face à Gênes. Le projet reflète la curiosité et l’ouverture de l’île aux influences extérieures : il mêle la diplomatie internationale, les ambitions locales et une volonté de modernisation administrative. Cette tentative, bien que de courte durée, révèle la complexité des relations entre les clans corses et les grandes puissances européennes, notamment l’Angleterre.


  Au-delà de la politique, le royaume Anglo-Corse a eu un impact culturel et symbolique. Il a inspiré des documents administratifs, des monnaies, des armoiries et des projets de lois, témoignages d’un désir de structuration et de légitimation du pouvoir. Même si le royaume n’a jamais été stable, il a laissé un héritage dans la mémoire collective corse : celui d’une île capable de toujours oser l’innovation politique et de se projeter dans le concert européen malgré sa petite taille et ses divisions internes. Enfin, le royaume Anglo-Corse illustre les tensions entre tradition et modernité. Les Corses de l’époque se sont confrontés à des idées nouvelles de souveraineté, de légitimité et de diplomatie, tout en restant profondément attachés à leurs coutumes et à leur identité locale. Cette expérience, bien que brève, ouvre une fenêtre sur la manière dont la Corse a imaginé son destin face aux puissances extérieures, entre pragmatisme et rêve d’indépendance.


  En conclusion, le royaume Anglo-Corse ne se limite pas à la figure de son fondateur : il est un symbole de l’ambition corse et de sa capacité à expérimenter des formes de gouvernance audacieuses. Il rappelle que l’histoire de l’île ne se résume pas aux conflits et aux conquêtes, mais qu’elle est également jalonnée de tentatives singulières, témoignant d’une créativité politique et culturelle plus qu'étonnante.



19 mars 2025

Culture : Théodore de Neuhoff, aventurier et roi






  Né en 1694 à Cologne dans une famille de la noblesse allemande, il menait une vie mouvementé, tantôt voyageur qui fréquentait les cours royales de l'époque, tantôt diplomate, espion et même spéculateur financier. Il fut aussi militaire et s'impliqua dans bon nombre d'intrigues. 

  Au début du XVIIIe siècle, il y eut une guerre civile qui confrontait les Corses à la République de Gênes qui dominait l'île depuis les places fortes. Les corses cherchaient à gagner leur indépendance et cherchaient aussi des soutiens politico-financier hors de l'île. Et c'est à ce moment précis que Théodore de Neuhoff entre en jeu. 

  Au mois de mars 1736, il débarque en Corse, à Aléria, avec une petite flotte et des armes. Il se présenta comme le sauveur de l'île et voyait déjà une opportunité de devenir roi. Grâce à tout ses contacts en Europe, (notamment en Hollande et en Espagne) il promit d'apporter des armes et des mercenaires, aux chefs de l'insurrection des corses. En échange de ce soutien, les chefs corses le soutiendraient dans son projet ambitieux de devenir Roi de Corse.  

  Les chefs en question furent tout de suite séduit par son côté visionnaire, ses projets, ses ambitions pour la Corse et son charisme. A tel point qu'ils l'élurent sous le nom de Théodore Ier, Roi de Corse. Aussitôt fait il installe sa cours à Cervione, à Venzolasca il organise un lieu de réunion. On frappe la monnaie (extrêmement rare et tout aussi difficile à trouver). Il tenta d'organiser une administration et un gouvernement avec un chancelier, des ministres, et même une armée. Il nomme des gouverneurs, organise les impôts et rédige des décrets.

  Mais face à une réalité qui le dépassait, le manque de ressource et face aux ressentiments de Gênes. Il fuit l'île en novembre de la même année pour chercher de l'aide un peu partout. Dès lors il ne puis plus jamais se réassoir sur le trône de Corse car quasiment tout les souverains d'Europe le voyaient d'un très mauvais œil. 

  Le reste de sa vie, il erra à travers le continent accumulant les dettes et enchainant les malheurs. Il mourut en 1756, à Londres, après avoir fait un séjour dans la prison de Fleet. Il meurt ruiné et dans un anonymat absolu. 

  De nos jours, dans l'imaginaire collectif, on le considère comme le seul et unique Roi de Corse (ce qui est faux). Il fut, pendant quelque mois, le symbole de l'indépendance Corse puis celui des illusions perdues. Son aventure en Corse ferait l'objet de bien des romans. Il y a matière à dire, un noble allemand, sans patrie, ambitieux, diplomate de l'ombre, qui arrive en Corse pour relever le pays et en devenir le roi. La culture corse en a fait une légende, en réalité c'était plus un aventurier de son temps, puis plus tard un escroc.

  Oui, pour certains, Neuhoff était un escroc, un opportuniste, pour d'autres il était tout le contraire. Il a attiré l'attention de toute l'Europe, et a contribué dans une certaine mesure, à l'émergence des mouvements autonomistes. L'histoire aboutissant à l'action des patriotes corses et celle de Pasquale Paoli des années plus tard.