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20 décembre 2025

Culture : Le royaume Anglo-Corse, une expérience éphémère mais fascinante








  Au XVIIIᵉ siècle, la Corse connaît une période de turbulences intenses, entre luttes internes et domination génoise. Au milieu de ce chaos surgit l’idée singulière du royaume Anglo-Corse, une expérience politique unique qui, même éphémère, a marqué l’histoire de l’île. L’appellation « Anglo-Corse » traduit l’espoir des Corses de s’allier à des puissances européennes pour garantir leur autonomie face à Gênes. Le projet reflète la curiosité et l’ouverture de l’île aux influences extérieures : il mêle la diplomatie internationale, les ambitions locales et une volonté de modernisation administrative. Cette tentative, bien que de courte durée, révèle la complexité des relations entre les clans corses et les grandes puissances européennes, notamment l’Angleterre.


  Au-delà de la politique, le royaume Anglo-Corse a eu un impact culturel et symbolique. Il a inspiré des documents administratifs, des monnaies, des armoiries et des projets de lois, témoignages d’un désir de structuration et de légitimation du pouvoir. Même si le royaume n’a jamais été stable, il a laissé un héritage dans la mémoire collective corse : celui d’une île capable de toujours oser l’innovation politique et de se projeter dans le concert européen malgré sa petite taille et ses divisions internes. Enfin, le royaume Anglo-Corse illustre les tensions entre tradition et modernité. Les Corses de l’époque se sont confrontés à des idées nouvelles de souveraineté, de légitimité et de diplomatie, tout en restant profondément attachés à leurs coutumes et à leur identité locale. Cette expérience, bien que brève, ouvre une fenêtre sur la manière dont la Corse a imaginé son destin face aux puissances extérieures, entre pragmatisme et rêve d’indépendance.


  En conclusion, le royaume Anglo-Corse ne se limite pas à la figure de son fondateur : il est un symbole de l’ambition corse et de sa capacité à expérimenter des formes de gouvernance audacieuses. Il rappelle que l’histoire de l’île ne se résume pas aux conflits et aux conquêtes, mais qu’elle est également jalonnée de tentatives singulières, témoignant d’une créativité politique et culturelle plus qu'étonnante.



19 mars 2025

Culture : Théodore de Neuhoff, aventurier et roi






  Né en 1694 à Cologne dans une famille de la noblesse allemande, il menait une vie mouvementé, tantôt voyageur qui fréquentait les cours royales de l'époque, tantôt diplomate, espion et même spéculateur financier. Il fut aussi militaire et s'impliqua dans bon nombre d'intrigues. 

  Au début du XVIIIe siècle, il y eut une guerre civile qui confrontait les Corses à la République de Gênes qui dominait l'île depuis les places fortes. Les corses cherchaient à gagner leur indépendance et cherchaient aussi des soutiens politico-financier hors de l'île. Et c'est à ce moment précis que Théodore de Neuhoff entre en jeu. 

  Au mois de mars 1736, il débarque en Corse, à Aléria, avec une petite flotte et des armes. Il se présenta comme le sauveur de l'île et voyait déjà une opportunité de devenir roi. Grâce à tout ses contacts en Europe, (notamment en Hollande et en Espagne) il promit d'apporter des armes et des mercenaires, aux chefs de l'insurrection des corses. En échange de ce soutien, les chefs corses le soutiendraient dans son projet ambitieux de devenir Roi de Corse.  

  Les chefs en question furent tout de suite séduit par son côté visionnaire, ses projets, ses ambitions pour la Corse et son charisme. A tel point qu'ils l'élurent sous le nom de Théodore Ier, Roi de Corse. Aussitôt fait il installe sa cours à Cervione, à Venzolasca il organise un lieu de réunion. On frappe la monnaie (extrêmement rare et tout aussi difficile à trouver). Il tenta d'organiser une administration et un gouvernement avec un chancelier, des ministres, et même une armée. Il nomme des gouverneurs, organise les impôts et rédige des décrets.

  Mais face à une réalité qui le dépassait, le manque de ressource et face aux ressentiments de Gênes. Il fuit l'île en novembre de la même année pour chercher de l'aide un peu partout. Dès lors il ne puis plus jamais se réassoir sur le trône de Corse car quasiment tout les souverains d'Europe le voyaient d'un très mauvais œil. 

  Le reste de sa vie, il erra à travers le continent accumulant les dettes et enchainant les malheurs. Il mourut en 1756, à Londres, après avoir fait un séjour dans la prison de Fleet. Il meurt ruiné et dans un anonymat absolu. 

  De nos jours, dans l'imaginaire collectif, on le considère comme le seul et unique Roi de Corse (ce qui est faux). Il fut, pendant quelque mois, le symbole de l'indépendance Corse puis celui des illusions perdues. Son aventure en Corse ferait l'objet de bien des romans. Il y a matière à dire, un noble allemand, sans patrie, ambitieux, diplomate de l'ombre, qui arrive en Corse pour relever le pays et en devenir le roi. La culture corse en a fait une légende, en réalité c'était plus un aventurier de son temps, puis plus tard un escroc.

  Oui, pour certains, Neuhoff était un escroc, un opportuniste, pour d'autres il était tout le contraire. Il a attiré l'attention de toute l'Europe, et a contribué dans une certaine mesure, à l'émergence des mouvements autonomistes. L'histoire aboutissant à l'action des patriotes corses et celle de Pasquale Paoli des années plus tard.