Au début du XIXe siècle, l'Italie n'est pas encore un pays unifié. La péninsule est partagée entre plusieurs États, des souverains restaurent leur autorité après la chute de Napoléon et les aspirations à davantage de libertés se heurtent à une surveillance politique sévère. C'est dans cette atmosphère que se développent les Carbonari, une organisation secrète dont le nom signifie « charbonniers ». Le mouvement attire des hommes d'horizons variés, notamment des militaires, des bourgeois et des intellectuels, qui souhaitent transformer l'ordre politique existant. Pour certains, il s'agit d'obtenir une Constitution limitant le pouvoir des souverains ; pour d'autres, la lutte doit également permettre aux Italiens de se rapprocher autour d'un destin commun. Les Carbonari deviennent ainsi l'un des visages de l'opposition clandestine aux monarchies autoritaires de leur époque.
Leur organisation emprunte au monde des charbonniers un langage symbolique particulier. Les membres se retrouvent dans des groupes secrets appelés ventes, où les cérémonies d'initiation, les serments et les signes de reconnaissance entretiennent le sentiment d'appartenir à une communauté soudée. Cette discrétion répond à une nécessité : les autorités considèrent ces sociétés comme une menace et cherchent à en identifier les membres. Pourtant, les Carbonari ne poursuivent pas tous exactement le même objectif. Le mouvement rassemble des sensibilités différentes, parfois difficiles à concilier, et ne dispose pas d'une direction unique capable d'imposer partout une stratégie commune. Cette diversité constitue à la fois une force, puisqu'elle permet de réunir des opposants variés, et une faiblesse lorsqu'il faut coordonner une révolution. En 1820, les Carbonari jouent un rôle important dans l'insurrection du royaume des Deux-Siciles. Sous la pression des insurgés, le roi Ferdinand Ier accepte une Constitution, suscitant l'espoir d'un changement durable. Mais les monarchies européennes redoutent la propagation des mouvements révolutionnaires et l'Autriche intervient pour rétablir l'ordre. L'expérience constitutionnelle s'effondre et la répression frappe les opposants. L'année suivante, de nouvelles tentatives de soulèvement ont lieu dans le Piémont, avec là encore des résultats défavorables aux révolutionnaires. Ces échecs montrent les limites d'une organisation clandestine confrontée à des États disposant d'armées et d'appareils policiers puissants. Ils n'effacent cependant pas les idées défendues par ses membres, qui continuent de circuler malgré les arrestations et l'exil de nombreux militants.
Avec le temps, la Carboneria perd de son influence, tandis que d'autres mouvements prennent le relais dans la lutte pour transformer la péninsule. Giuseppe Mazzini, qui a fréquenté les milieux carbonari, fonde en 1831 la Jeune Italie, une organisation qui défend plus clairement l'indépendance et l'unification du pays sous la forme d'une république. Le processus conduisant à l'unité italienne se poursuivra ensuite à travers des initiatives politiques, des soulèvements et des campagnes militaires, jusqu'à la proclamation du royaume d'Italie en 1861. Les Carbonari n'ont donc pas réalisé eux-mêmes cette unification, mais ils appartiennent à cette première génération de militants qui ont contesté l'ordre établi et contribué à faire progresser les aspirations libérales et nationales. Leur histoire témoigne du rôle joué par les sociétés secrètes dans une Europe où exprimer ouvertement certaines idées pouvait coûter la liberté, et parfois la vie.

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