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30 septembre 2025

Animaux : Chauve-souris géante, le voyage nocturne du renard volant

 







  Parmi les créatures les plus étonnantes des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, le Renard volant (Pteropus vampyrus), parfois surnommé "chauve-souris géante", attire la curiosité et l’émerveillement. Cet animal nocturne intrigue autant par sa taille impressionnante que par son rôle crucial dans l’équilibre des écosystèmes. Contrairement à ce que laisse penser son nom scientifique effrayant "vampyrus" le renard volant n’a rien d’un vampire. Il s’agit en réalité d’une chauve-souris frugivore de la famille des ptéropodidés. Avec une envergure pouvant atteindre 1,5 à 1,7 mètre et un poids avoisinant parfois 1,2 kilogramme, il figure parmi les plus grands chiroptères au monde. Sa silhouette massive, ses larges ailes membraneuses et sa tête ressemblant à celle d’un renard expliquent son nom vernaculaire.


  Le renard volant se rencontre principalement en Malaisie, Indonésie, Thaïlande, aux Philippines et jusqu’à certaines îles du Pacifique. Il vit en colonies pouvant compter plusieurs centaines, voire milliers d’individus, nichant dans les arbres géants des forêts tropicales, mais aussi parfois près des zones cultivées. Malgré son allure impressionnante, le Pteropus vampyrus est pacifique et strictement frugivore. Il se nourrit essentiellement de fruits mûrs, de nectar et de fleurs. En se déplaçant sur de longues distances chaque nuit pour se nourrir, il joue un rôle écologique fondamental : il disperse les graines et pollinise les arbres fruitiers. Sans lui, nombre d’espèces végétales tropicales ne pourraient pas se reproduire efficacement.


  Le renard volant est aujourd’hui classé comme espèce quasi menacée par l’UICN. La déforestation, la chasse pour sa viande et le commerce illégal constituent des menaces majeures pour sa survie. Dans certaines régions, il est encore perçu comme une nuisance pour les cultures, ce qui accentue la pression humaine.


  En réalité, le renard volant est un allié indispensable des écosystèmes. Loin d’être un prédateur, il incarne l’équilibre subtil entre faune et flore des tropiques. Le contempler dans son habitat naturel, lorsqu’il s’élance majestueusement dans le ciel au crépuscule, reste une expérience inoubliable pour les voyageurs et amoureux de la nature.



4 mai 2025

Anthropologie : Les Pygmées d'Afrique Centrale







  Depuis des siècles, les peuples souvent appelés "Pygmées" fascinent et interrogent. Ce terme générique, hérité de la tradition grecque, du mot pygmaios, "de petite taille", est aujourd’hui critiqué pour sa connotation exotique ou péjorative. Pourtant, derrière cette appellation simplificatrice se cachent des sociétés diverses : les Aka, les Baka, les Mbuti, les Twa, entre autres, réparties dans la vaste ceinture forestière d’Afrique centrale. Ces peuples partagent certaines caractéristiques culturelles, mais conservent aussi des identités distinctes façonnées par leurs environnements, leurs histoires et leurs interactions avec leurs voisins. L’anthropologie contemporaine s’efforce désormais de mieux comprendre ces groupes sans les enfermer dans les clichés "hommes de la forêt" figés dans le passé.


  Les peuples pygmées occupent depuis des millénaires les forêts équatoriales d’Afrique centrale, notamment en République démocratique du Congo, au Cameroun, au Congo-Brazzaville, au Gabon, au Rwanda et en Ouganda. Leur présence serait parmi les plus anciennes dans cette région, selon les études génétiques et archéologiques. Bien avant l’arrivée des populations bantoues, ces groupes vivaient déjà de manière autonome dans un environnement dense et exigeant. Aujourd’hui, ils cohabitent souvent avec des communautés agricoles plus sédentaires, dans des relations parfois marquées par l’inégalité ou la dépendance. La cartographie ethnique ne rend pas compte de la fluidité de leurs contacts : échanges, mariages, conflits ou coopération ont constamment redéfini leurs frontières culturelles.


  Le mode de vie traditionnel des Pygmées est étroitement lié à la forêt tropicale. Ils sont réputés pour leurs connaissances fines de la faune, de la flore et des cycles écologiques. La chasse au filet, la cueillette de plantes médicinales, la pêche en rivière ou l’apiculture sauvage sont autant de pratiques qui révèlent un savoir empirique d’une grande complexité. Leur organisation sociale repose sur des clans, avec une structure souvent égalitaire où les décisions se prennent collectivement. Les rituels religieux sont liés à la nature et aux esprits de la forêt, et la musique vocale polyphonique, notamment chez les Aka et les Mbuti, témoigne d’une tradition artistique d’une grande richesse, reconnue internationalement. Cependant, depuis plusieurs décennies, ces peuples subissent de fortes pressions. La déforestation massive, les exploitations minières ou forestières, la création de parcs nationaux sans concertation, ou encore les politiques d’intégration des États modernes ont profondément modifié leur mode de vie. Beaucoup ont été contraints à la sédentarisation, parfois dans des conditions précaires. Le contact avec les sociétés majoritaires entraîne souvent des formes de discrimination, de pauvreté et de marginalisation. L’accès à la santé, à l’éducation ou à la citoyenneté reste très limité, et leur voix est rarement entendue dans les décisions qui les concernent. Ces transformations brutales menacent non seulement leur autonomie, mais aussi leur culture. L’anthropologie joue un rôle crucial pour documenter, comprendre, mais aussi interroger les représentations que les sociétés extérieures se font des Pygmées. Longtemps perçus comme des "primitifs" ou des "reliques" de l’humanité, ils ont été à la fois idéalisés pour leur harmonie avec la nature et méprisés pour leur prétendue arriération. Or, leurs sociétés offrent une complexité sociale réelle, avec des mécanismes d'entraide, de partage et de régulation des conflits qui interrogent nos propres modèles. Leur musique, leur langue, leur éducation informelle ou leurs conceptions du monde constituent un patrimoine humain à part entière. Mais l’étude anthropologique ne suffit pas si elle ne donne pas aussi la parole aux intéressés.


  Aujourd’hui, certaines initiatives émergent pour préserver les cultures pygmées et défendre leurs droits fondamentaux. Des ONG, des chercheurs, mais aussi des militants autochtones s’engagent pour l’accès à la scolarisation en langue maternelle, la reconnaissance de leurs terres ancestrales, ou la sauvegarde de leur patrimoine oral. Certains groupes utilisent la musique, le théâtre ou la vidéo pour transmettre leur mémoire collective ou dénoncer les injustices. Le défi est immense : comment concilier modernité et respect des cultures, sans enfermer ces peuples dans un folklore figé ? Le droit au développement ne peut être synonyme de disparition culturelle.

  En définitive, les Pygmées ne sont pas des vestiges d’un passé lointain mais des peuples bien vivants, porteurs d’une richesse humaine et culturelle irremplaçable. Leurs sociétés, en constante adaptation, montrent qu’il existe d’autres façons de vivre ensemble, d’habiter un territoire et de concevoir le monde. Les écouter, c’est aussi apprendre sur nous-mêmes. Dans un contexte de mondialisation accélérée, leur sort interroge notre capacité à reconnaître la diversité, à respecter la différence, et à bâtir des ponts plutôt que des murs entre les cultures.



17 avril 2025

Nature : Le Salto Angel, au Venezuela







  Le Salto Ángel (Angel Falls en anglais) est la plus haute chute d’eau du monde, avec une hauteur totale d’environ 979 mètres, dont une chute ininterrompue de 807 mètres. Pendant la saison sèche, l’eau du Salto Ángel s’évapore ou se transforme en brume avant même d’atteindre le sol, c'est à dire que la chute est si haute que l'eau s'évapore en chemin. Elle se trouve dans le Parc national de Canaima, au Sud-Est du Venezuela, au cœur de la foret tropicale. Le Salto Ángel et surtout le plateau de l’Auyán Tepui sont de véritables laboratoires de l’évolution. Ces formations rocheuses sont très anciennes (près de 2 milliards d’années) et isolées du reste du monde. Il en résulte une faune et une flore qui y vivent et ont évolué de manière unique. Certaines espèces de fourmis qu’on y trouve sont considérées comme de véritables fossiles vivants, car elles ont conservé des caractéristiques très anciennes que la plupart de leurs cousines ont perdues au fil de l’évolution. Des insectes et des grenouilles endémiques, des plantes carnivores, etc... 

  Son nom vient de Jimmy Angel, un aviateur américain qui l’a "redécouverte" en 1933. "redécouverte" car les populations autochtones connaissaient évidemment son existence depuis bien longtemps et l'appellent Kerepakupai Merú, ce qui signifie "chute d'eau du lieu le plus profond". Le Salto Ángel s'écoule depuis le sommet d'une formation géologique typique de la région, appelée Auyán Tepui, qui ressemble à une immense montagne tabulaire surgissant de la jungle. Jimmy Angel, l’aviateur américain à qui la chute doit son nom, a tenté d’atterrir sur le sommet de l’Auyán Tepui en 1937 afin de prospecter de l’or. Il a bien atterri, mais son avion s’est embourbé dans les marais du sommet, impossible à redécoller. Lui, sa femme et deux compagnons, ont dû descendre à pied pendant 11 jours à travers une jungle impénétrable, avant de retrouver la civilisation. Son avion est resté coincé là-haut pendant plus de 30 ans, avant d’être transporté et exposé à l’aéroport de Ciudad Bolívar

  Pour s'y rendre, c'est une véritable aventure. On ne peut pas y accéder par la route. Il faut généralement prendre un petit avion jusqu’à Canaima, puis continuer le périple en pirogue motorisée pendant des heures sur des rivières peu profondes, en évitant des rochers et des rapides, et ensuite poursuivre à pied. Mais, malgré tout, j'imagine que le spectacle est à couper le souffle. 


( autre chute d'eau remarquable "Nature : Gullfoss, la "chute d'or" d'Islande" )