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15 janvier 2026

Anthropologie : Les Sarakatsanes, bergers nomades des Balkans








  Les Sarakatsanes sont un peuple pastoral grec, célèbre pour leur mode de vie semi-nomade centré sur l’élevage de moutons et de chèvres. Leur présence est attestée depuis des siècles dans les montagnes de Grèce, mais également en Bulgarie, Macédoine du Nord et Albanie, où certains groupes se sont installés tout en conservant leurs traditions.


  Historiquement, les Sarakatsanes ont été des bergers itinérants, se déplaçant selon les saisons pour assurer le pâturage de leurs troupeaux. Leur vie était organisée autour des agropastorales transhumances, avec des étés passés dans les montagnes fraîches et des hivers dans les plaines plus clémentes. Cette mobilité a façonné une culture riche et distincte, avec des codes sociaux très précis et une forte solidarité communautaire. Leur habitat traditionnel est le "tsâli" ou "kalyva", une hutte de pierre et de bois démontable, adaptée à leur mode de vie mobile. La structure sociale des Sarakatsanes était également unique : les villages se composaient souvent de plusieurs familles apparentées, dirigées par un chef respecté pour son expérience et sa sagesse. La culture matérielle des Sarakatsanes est remarquable. Leurs costumes, brodés et richement décorés, témoignent d’un savoir-faire textile ancien. Les femmes, en particulier, excellaient dans la fabrication de tapis et couvertures en laine, souvent ornés de motifs géométriques symboliques. La musique et la danse étaient également centrales dans les célébrations et rituels communautaires, accompagnées d’instruments traditionnels comme le kavala (flûte) et le gaida (cornemuse des Balkans).


  Malgré les transformations économiques et sociales du XXᵉ siècle, les Sarakatsanes ont su préserver certaines de leurs traditions. Aujourd’hui, si beaucoup ont adopté un mode de vie sédentaire, certains continuent la transhumance saisonnière, perpétuant un lien ancestral avec la nature et les montagnes. La communauté attire également l’intérêt des anthropologues, des historiens et des touristes curieux de découvrir un mode de vie qui semble appartenir à une autre époque.


  Les Sarakatsanes représentent un exemple fascinant de culture pastorale traditionnelle en Europe. Leur adaptation aux contraintes environnementales, leur organisation sociale unique et leur patrimoine matériel riche en font un sujet majeur pour l’anthropologie et l’histoire culturelle des Balkans. Étudier ce peuple, c’est comprendre comment l’homme a su, à travers les siècles, créer un équilibre entre mobilité, communauté et héritage culturel, tout en préservant des traditions qui restent aujourd’hui des symboles vivants de leur identité.



16 décembre 2025

Anthropologie : Les Cosaques, ou la guerre comme fondement social








  Les Cosaques constituent l’un des groupes les plus singuliers de l’histoire eurasiatique. À la croisée de l’Europe orientale et des steppes d’Asie centrale, ils ne forment ni une ethnie strictement définie ni une simple catégorie militaire, mais plutôt une communauté historique façonnée par la liberté, la frontière et la guerre. Leur identité s’est construite sur plusieurs siècles, au contact des empires russe, polono-lituanien et ottoman, dans des régions où l’autorité centrale était faible et où la survie dépendait de la solidarité et de la maîtrise des armes. Le terme "cosaque"  dérive probablement d’un mot turco-tatar signifiant "homme libre" ou "aventurier". Cette étymologie est fondamentale pour comprendre leur essence anthropologique. Les premiers Cosaques apparaissent dès le XVe siècle dans les vastes steppes situées entre le Dniepr, le Don et la Volga. Ils regroupaient des paysans fugitifs, des chasseurs, des mercenaires et des marginaux fuyant le servage ou les persécutions religieuses. Leur point commun n’était pas l’origine, mais le choix d’un mode de vie fondé sur l’autonomie et la défense collective.


  Socialement, les Cosaques s’organisaient en communautés appelées "hôtes" ou "voïskos", comme les Cosaques du Don, du Kouban, du Dniepr ou de l’Oural. Chaque hôte disposait de ses propres règles, de ses terres et de ses traditions. Le pouvoir y était exercé de manière relativement égalitaire, à travers des assemblées appelées "krugs", où les décisions majeures étaient prises collectivement. Cette organisation contraste fortement avec les structures féodales des États voisins et explique l’attrait qu’exerçaient les communautés cosaques sur les populations opprimées.


  L’anthropologie cosaque ne peut être dissociée de la guerre. Cavaliers exceptionnels, tireurs aguerris et stratèges redoutables, les Cosaques vivaient dans un environnement où les raids, les escarmouches et la défense des frontières étaient constants. Leur rapport à la violence était ritualisé et intégré à leur culture, non comme une fin en soi, mais comme un moyen de préserver leur liberté. Le cheval, les armes et l’uniforme traditionnel faisaient partie intégrante de l’identité masculine, transmise dès l’enfance.


  La dimension culturelle et symbolique des Cosaques est tout aussi essentielle. Leur folklore est riche en chants épiques, racontant les exploits guerriers, les amours tragiques et la nostalgie de la steppe. Ces chants, souvent mélancoliques, expriment une conscience aiguë de la mort et de l’exil. Les vêtements traditionnels, comme la tcherkesska et la papakha, ne sont pas de simples habits mais des marqueurs sociaux et identitaires, signalant l’appartenance à un hôte et à une tradition. Sur le plan religieux, les Cosaques sont majoritairement chrétiens orthodoxes, mais leur pratique a longtemps conservé des traits syncrétiques. La foi jouait un rôle central dans la cohésion du groupe, tout en s’accommodant d’une certaine indépendance vis-à-vis des autorités ecclésiastiques. Les icônes accompagnaient les campagnes militaires et les rituels religieux rythmaient la vie communautaire, renforçant le sentiment d’un destin collectif.


  Les relations entre les Cosaques et les États impériaux furent ambivalentes. Tantôt rebelles, tantôt auxiliaires précieux, ils furent progressivement intégrés dans l’appareil militaire de l’Empire russe à partir du XVIIe siècle. En échange de terres et de privilèges, ils acceptèrent de défendre les frontières et de participer aux campagnes impériales. Cette intégration transforma profondément leur mode de vie, réduisant leur autonomie tout en assurant leur survie en tant que groupe reconnu. Le XXe siècle marqua une rupture brutale. Après la Révolution russe, les Cosaques furent victimes d’une politique de "décosaquisation", visant à détruire leur identité sociale et culturelle. Déportations, répressions et collectivisation mirent fin à leur organisation traditionnelle. Cette période traumatique explique en grande partie la disparition partielle des Cosaques en tant que communauté distincte, bien que leur mémoire ait subsisté dans la culture et l’imaginaire.


  Aujourd’hui, les Cosaques connaissent une forme de renaissance culturelle. Cette résurgence est souvent symbolique et folklorique, parfois instrumentalisée à des fins politiques. D’un point de vue anthropologique, elle soulève des questions complexes sur l’authenticité, la mémoire collective et la reconstruction identitaire dans un monde moderne où les modes de vie traditionnels ont disparu.


  La notion de frontière est sans doute l’élément le plus structurant de l’identité cosaque. Vivre sur une ligne mouvante, sans limites politiques stables, a façonné une mentalité spécifique, fondée sur la vigilance permanente, la mobilité et une méfiance instinctive envers toute autorité extérieure. Dans cet espace incertain, la loi n’était pas imposée d’en haut mais négociée au sein du groupe. Cette condition frontalière explique à la fois la brutalité de certaines pratiques et la forte solidarité interne, indispensables à la survie collective.


  La construction de la masculinité cosaque repose sur une transmission précoce et implicite des valeurs guerrières. Dès l’enfance, le garçon apprenait à monter à cheval, à manier les armes et à endurer la fatigue. Ces apprentissages n’étaient pas ritualisés de manière formelle, mais intégrés naturellement à la vie quotidienne. La guerre, ou du moins la capacité à la faire, constituait un passage social fondamental, définissant le statut de l’homme au sein de la communauté. Les femmes occupaient une place discrète mais centrale dans la société cosaque. Responsables du foyer, de l’éducation des enfants et de la préservation des traditions, elles assuraient la continuité culturelle pendant les longues absences des hommes. Leur rôle dans la transmission de la mémoire collective, à travers les chants, les récits et les rites domestiques, fut déterminant pour la survie de l’identité cosaque au fil des générations. Le rapport des Cosaques à l’autorité illustre un paradoxe anthropologique majeur. S’ils rejetaient toute domination extérieure, ils acceptaient une discipline interne stricte, fondée sur l’honneur, la loyauté et le respect des décisions collectives. Cette tension permanente entre liberté individuelle et ordre communautaire constitue l’un des fondements de leur cohésion sociale.


  Aujourd’hui, la mémoire cosaque oscille entre héritage authentique et reconstruction symbolique. La résurgence contemporaine de cette identité pose la question du passage d’une culture vécue à une culture patrimonialisée, parfois instrumentalisée. D’un point de vue anthropologique, les Cosaques incarnent ainsi une figure universelle de l’homme de frontière, partagé entre liberté et ordre, tradition et adaptation. Leur histoire éclaire les mécanismes profonds par lesquels des communautés humaines se forment, résistent puis se transforment face à la modernité et à la centralisation des pouvoirs.



22 novembre 2025

Anthropologie : Le Piercing à travers les cultures

 







  Le piercing est une pratique corporelle plurimillénaire, attestée sur tous les continents et dans des sociétés très variées. L’anthropologie y voit bien plus qu’un simple ornement : percer la peau, les oreilles, le nez ou d’autres parties du corps est un acte chargé de symboles, de hiérarchies et de significations sociales. Dans de nombreuses cultures anciennes, le piercing était un marqueur d’identité, de maturité, de statut ou de rôle rituel, faisant du corps un support de langage collectif.


  Les rites de passage ont longtemps constitué l’un des usages les plus répandus du piercing. Dans certaines sociétés africaines et océaniennes, l’oreille percée signalait l’entrée dans l’adolescence ou dans la communauté adulte. Chez les peuples amérindiens, le piercing pouvait accompagner des cérémonies d’endurance ou des expériences spirituelles. La douleur et la transformation corporelle étaient alors perçues comme des étapes nécessaires vers un changement de statut social ou personnel. Le piercing a aussi été utilisé comme marqueur de rang et de prestige. Dans l’Égypte antique, seuls certains groupes avaient le droit de porter un piercing au nombril ; chez les peuples nomades d’Asie centrale, les anneaux nasaux distinguaient des lignées ou des alliances familiales. Plus les bijoux étaient imposants ou rares, plus ils signalaient richesse et influence. La perforation servait ainsi d’indicateur visible de sa place dans la structure sociale. Dans d’autres sociétés, le piercing revêtait une dimension religieuse ou spirituelle. En Inde, le perçage du nez s’associait à des croyances liées au souffle vital et à la fertilité. Dans certains cultes asiatiques, les transpercements rituels lors de cérémonies relevaient de la transe et du lien avec le divin. Le corps devenait un espace de médiation entre le monde humain et les forces invisibles, et le bijou un symbole protecteur ou sacré.


  Dans l’histoire occidentale, le piercing a suivi un parcours sinueux qui éclaire bien la manière dont les sociétés attribuent des valeurs au corps. Longtemps cantonné aux marins, aux explorateurs, aux cirques ou aux groupes marginalisés, il incarnait une forme d’altérité visible. Les années 1970 et 1980 ont marqué un tournant avec l’émergence des mouvements punk, queer et body-modification, qui ont utilisé le piercing comme outil de contestation du modèle social dominant. Ce n’était plus un simple bijou, mais un manifeste : le corps devenait support politique, sexuel et culturel. Puis, à partir des années 1990 et 2000, le phénomène s’est diffusé dans la culture populaire, portée par la musique, la mode et les icônes médiatiques. La pratique s’est normalisée, professionnalisée et sécurisée, glissant d’un symbole de dissidence vers un marqueur d’individualité assumée. Aujourd’hui, le piercing navigue entre esthétisme grand public et niches identitaires, prouvant que même intégré à la mode, il conserve une charge expressive héritée de ses origines rebelles.


  Pour les anthropologues, le piercing contemporain est particulièrement révélateur car il fonctionne comme un langage social hybride. Même lorsqu’il est choisi pour des raisons esthétiques, il renvoie à des imaginaires collectifs : liberté, résistance, sensualité, appartenance culturelle ou refus des normes. Sa localisation (oreille, nez, langue, septum, téton, nombril, visage) renvoie à des registres symboliques distincts, certains encore perçus comme transgressifs, d’autres désormais banalisés. Le choix du bijou, du style, de la visibilité ou de la discrétion inscrit l’individu dans des réseaux de sens : sous-cultures musicales, communautés LGBTQ+, spiritualités alternatives, tendances urbaines ou affirmation intime silencieuse. Étudier les piercings, c’est donc analyser comment les sociétés contemporaines négocient l’identité entre conformisme et singularité. Le corps, loin d’être neutre, devient un espace où se croisent mémoire, expression personnelle, héritages culturels et stratégies sociales, une carte vivante de ce que chacun veut dire au monde, ou au contraire taire.


  Au final, le piercing rappelle que le corps n’est jamais seulement biologique : il est social, culturel et symbolique. À travers une simple perforation, l’humanité exprime ses appartenances, ses ruptures, ses croyances et ses identités changeantes. Ce geste intemporel montre que se modifier, c’est toujours se signifier.



20 octobre 2025

Anthropologie : L’anthropologue star Margaret Mead et les zones d’ombre de ses recherches

 







  Margaret Mead (1901–1978) reste l’une des figures les plus célèbres de l’anthropologie du XXᵉ siècle. Son nom évoque immédiatement des images de sociétés polynésiennes, d’études sur l’adolescence et de conférences radiophoniques diffusées à travers le monde. Mead n’a pas seulement été une anthropologue : elle est devenue une véritable icône médiatique, traduisant ses travaux académiques en discours accessibles au grand public et participant activement aux débats sociaux de son temps. Sa notoriété dépasse largement le cadre académique. Les médias américains et internationaux la présentaient comme une savante charismatique, capable de rendre l’anthropologie compréhensible et pertinente pour le grand public. Ses livres, tels que Coming of Age in Samoa (1928), ont connu un immense succès et ont influencé des générations de lecteurs, de chercheurs et d’éducateurs. Elle a su combiner recherches de terrain, écriture populaire et interventions médiatiques pour construire une image de l’ethnologie accessible, moderne et audacieuse.


  Cependant, cette célébrité s’accompagne de controverses notables. Depuis plusieurs décennies, de nombreux chercheurs remettent en question la véracité de certaines observations de Mead. Ses travaux à Samoa, qui prétendaient démontrer que l’adolescence y était libre de conflits et de tensions sexuelles, ont été critiqués pour des simplifications excessives et des généralisations douteuses. Des enquêtes ultérieures sur le terrain ont montré que Mead aurait idéalisé ou interprété de manière biaisée certaines pratiques culturelles, parfois pour confirmer ses hypothèses sur la flexibilité des normes sociales et la relativité culturelle. Certains critiques, comme Derek Freeman dans les années 1980, ont accusé Mead de mensonge scientifique, arguant que ses données étaient partiales ou même fabriquées pour soutenir sa vision. Si ces accusations ont suscité un débat intense et polarisé la communauté scientifique, elles ont aussi contribué à maintenir son nom dans l’actualité, à la fois comme pionnière de l’anthropologie et comme figure controversée. L’image de Margaret Mead illustre ainsi un paradoxe fascinant : la construction d’une célébrité intellectuelle qui repose autant sur l’autorité scientifique que sur la force narrative, parfois au prix de la rigueur empirique.


  Aujourd’hui, Mead reste une référence incontournable pour son rôle dans la vulgarisation de l’anthropologie et la discussion des questions sociales. Mais son héritage scientifique est nuancé : ses travaux doivent être lus avec un regard critique, en distinguant la puissance de son influence médiatique et culturelle des débats sur l’exactitude de ses observations ethnographiques.



10 avril 2025

Anthropologie : Le peuple Kayan de Birmanie







  Les kayans, aussi appelés padaungs, ont fui la Birmanie dans les années 80-90, à cause du conflit avec la junte militaire birmane, beaucoup se sont installés en Thaïlande, dans l'état de Karen. Ils on le même socle civilisationnel que les hmongs, ainsi que la plupart des autres ethnies montagnardes du Sud-Est Asiatique (nourritures, religion et croyances tournée vers les esprits, le feux sacré, la façon de construire avec les mêmes matériaux, etc). (voir l'article sur les hmongs). Les kayan, composent une ethnie dont la langue appartient au groupe linguistique tibéto-birman. La société Kayan est de type patrilinéaire, les chefs traditionnels prennent les grandes décisions. Leur chants, accompagnés de flutes, de tambours et autres instrument traditionnels racontent la création du monde, les exploits de leurs ancêtres, l'histoire des animaux symboliques. Beaucoup d'entre eux ont abandonnés le mode de vie traditionnel, de ce fait, dans ces pays, dire d'une personne qu'elle est une padaung est devenu péjoratif. Beaucoup d'entre eux se sont convertit au christianisme une minorité est restée animiste ou bouddhiste. L'ethnie ne compte tout au plus que 150 000 personnes de nos jours. 


  Cette ethnie montagnards bien qu'elle soit semblable aux autres ethnies de la région, se distingue avec ses femmes, qui portent des anneaux de laiton autour du coup, on les appellent "les femmes girafes". Contrairement à une idée reçue, les anneaux ne poussent pas le cou, ils abaissent les épaules et compriment la cage thoracique, ce qui donne l'illusion d'un long cou. Les premiers anneaux sont portés à partir de cinq ans. Les raisons de cette pratique sont variés, ils correspond au standard de beauté de la culture Kayan, mais c'est aussi une protection contre les morsures de tigres paraît-il, enfin, c'est un marqueur, une façon de se distinguer des autres peuples. Il n'y a pas d'explication "officielle". C’est un mélange d’esthétique, de tradition, de légendes et de codes sociaux. Cette tradition soulève des questions d'éthiques autour de l'identité, du tourisme et des droits humains.


  De nos jours il y a de moins en moins de femmes qui veulent porter les anneaux pour bien des raisons, comme l'éducation classique, ou simplement une volonté de s'ouvrir au monde. Le problème, c'est que cette ethnie, blottie à cheval sur deux pays souffre d'abord du manque de droits civiques, en Thaïlande, beaucoup vivent sans papiers ni reconnaissance officielle. Alors certains voient l'ouverture au tourisme comme un moyen de subsistance, un moyen de gagner de l'argent tandis que d'autres y voient un genre de zoo humain où les femmes sont maintenues dans une tradition qu’elles n’auraient peut-être pas poursuivie spontanément. A cela s'accompagne l'exil volontaire ou forcé. La culture et la langue sont en pertes de vitesses, surtout chez les jeunes. 



25 mars 2025

Anthropologie : Les Hmongs, peuples des montagnes d'Asie du Sud-Est








  Les Hmongs viennent du sud de la Chine où ils sont appelés Miao, beaucoup d'entre eux ont migrés au nord du Vietnam et du Laos au XVIIIe siècle pour fuir les persécutions et l'acculturation imposée par les empereurs de Chine. D'ailleurs, de nos jours, moins de la moitié des 6 millions de gens de cette ethnie vivent toujours en Chine. Les hmongs sont partout dans le monde, en occident ils sont pour beaucoup aux USA et en France. Ils sont montrés du doigt pour avoir collaboré avec les américains et les français durant les guerres au Vietnam et au Laos. En échange d'aide et de protection, les USA ont recrutés des milliers d'entre eux. Mais après la victoire des communistes, ils ont été violement réprimés et poussés à l'exil. Des milliers d'entre eux ont fuit leur contrée pour aller en Thaïlande, en traversant la jungle et le Mékong au péril de leur vie. Beaucoup sont morts de maladies, de noyades, ou ont été victimes de mines anti personnelles. Une fois sur place, ils ont été cantonnés à des camps de réfugiés, pendant des années, avant d'être expulsés. En France les hmongs sont un modèle d'adaptation, ils travaillent dans les champs, et de nos jours il existe toujours un marché hmong à Avignon.


  La langue hmong est une langue tonal, divisée en plusieurs dialectes. La culture hmong se distingue par ses fêtes, ses vêtements, sa spiritualité et ses traditions. En quelques mots, je dirais que c'est une ethnie complexe et complète.


  Ils ne sont rentrés dans l'histoire dans les années 1950, auparavant la langue hmong se transmettait uniquement à l'oral. Au début des années 50, un groupe de missionnaire leur ont créé un alphabet latin, connu sous d'alphabet romanisé du Hmong. Aujourd'hui il est le plus populaire au sein de l'ethnie, bien qu'il existe aussi des systèmes d'écriture alternatifs.


  Il existe des variations sociétales au sein de la communauté, on parle de hmongs blancs, hmongs verts, rouges, etc... Leurs vêtements sont confectionnés avec soin, souvent en chanvre, souvent colorés et finement brodés. Certains groupes utilisent des couleurs voyantes et d'autres des couleurs plus sobres. Les hommes portent souvent des vestes courtes et des pantalons larges. Les femmes portent des vêtements brodés principalement avec des fleurs des montagnes et des papillons  Sur le plan spirituel, beaucoup d'entre eux pratiquent l'animisme, le culte des ancêtres et celui de la nature. Le chamanisme joue toujours un rôle précis dans la guérison des maladies et la vie dans la communauté. Leurs rites funéraires sont assez poussés. Lorsqu'un hmong meurt, il est guidé vers le monde de ses ancêtres à l'aide de rituels et de cérémonies. On joue aussi de la flute (qeej) pour accompagner l'âme du défunt.


  Leurs habitats traditionnels sont fait de bois et de bambous avec des toits en chaumes. Construite sur pilotis à certains endroit, la maison n'est pas seulement un lieu de vie, c'est aussi là qu'ont lieux des rituels et des offrandes, là encore le feu possède un rôle primordiale. 


  La gastronomie hmong est très simple, à base de riz, de maïs, porc et de volailles principalement. et en Asie il pratiquent l'agriculture sur brûlis pour étendre leurs terres cultivables. Ils pratiquent aussi mais de moins en moins, la culture du pavot (Opium). 


  Encore une ethnie où le rôle des hommes et des femmes sont complémentaires, l'homme chasse, construit, et mène les rituels religieux. La femme s'occupe des enfants, de l'artisanat et de la cuisine. Les anciens, hommes et femmes prennent les décisions les plus fondamentales.


  Il y a trois types de fête importantes :

- Le Noj Peb Caug qui est le nouvel an des hmongs. Au cours duquel les jeunes jouent à un jeu appelé le "Pov Pob". Il s'agit un jeu de balle en tissus, simple, se joue entre jeunes hommes et jeunes femmes. Le but de ce jeu est de se trouver un partenaire amoureux. Les jeunes échangent des regards et des sourires, et parfois cela mène à un mariage.

- Les cérémonies animistes

  Et enfin :

- Les mariages, souvent traditionnels, souvent arrangés. Il fut un temps ou un homme pouvait kidnapper la femme qu'il voulait épouser, on appelait ça le "zij". Ce genre d'actions ne se pratique plus, il est devenu anecdotique du passé des hmongs.


  Les hmongs, bien que légèrement différents ça et là, ont des légendes en commun. Le mythe créateur de la civilisation c'est un frère et une sœur qui ont survécus à un déluge en se cachant dans un tambours creux. Ils auraient demandé à leurs ancêtres comment repeupler le monde, ce à quoi ils ont répondu qu'ils devaient se marier. Pour éviter l'inceste, ils ont pratiqué un rituel qui consistait à faire rouler deux meules de riz du haut du colline, si elles se rejoignaient c'était un signe, ce qui arriva. Et voilà comment le peuple Hmong fut créé. Une autre légende, appelé "L'épée sacrée et le royaume oublié" on raconte qu'un roi possédait une épée qui le rendait complètement invincible face aux armées chinoises. Un jour elle fut volée et cachée dans une montagne, et c'est à partir de là que le peuple fut obligé de fuir. On dit que, la retrouver, permettrait de retrouver la grandeur passée des hmongs.



19 mars 2025

Anthropologie : Les Himbas, peuple mythique de Namibie





  Les Himbas font partie de la famille du peuple Bantou, un ensemble ethnique africain, composé de plusieurs centaines de langues (400?) et au moins autant d'ethnies, dont l'une est le peuple Himba. Ils font partie du groupe des héréros. Ils se distinguent par un mode de vie traditionnel qui leur est propre et leur culture unique au monde et plus largement de leurs aspects extérieur (une apparence qui les caractérisent)

  La population Himba est estimée à 15 000 âmes divisés en centaines de clans. Une ethnie semi-nomade vivant au rythme de la transhumance de son bétail.

  Un mode de vie pastorale aussi, les Himbas sont avant tout des éleveurs (de bovins, et aussi, plus rarement de caprins). Ils se déplacent au fil des saisons, en fonction de la disponibilités des pâturages, pour faire paitre leurs animaux. Leur alimentation est basée sur le lait et la viande, ils se nourrissent parfois d'une sorte de porridge de maïs non fermenté.

  Ce n'est pas une civilisation matriarcale ou patriarcale, cette société est complémentaire. Les femmes s'occupent des enfants, la traite des vaches, la construction des huttes et l'héritage se transmet par la lignée maternelle. Elles ont un rôle centrale. Les hommes quand à eux, prennent les décisions importantes en matière de gestion de la tribu mais aussi celles qui concerne le bétail. 

  Les Himbas sont polythéistes et animistes, ils vénèrent la nature (particulièrement les vaches) et le feux sacré (okuruwo) 
Le feux symbolise la connexion entre les esprit des vivants et ceux de leurs ancêtres. 

  Au sein des villages, le feu ne doit jamais s'éteindre, il est entretenu en permanence et joue un rôle primordial durant les cérémonies et rites funéraires. 
Il arrive que des vaches soient sacrifiées pour honorer les esprits. 

  Dans leur croyance, la vache occupe une place centrale, ils considèrent aussi le bétail comme un lien sacré entre eux, leurs ancêtres et leurs dieux. 
Il n'y a pas de valeur monétaire chez les Himbas, l'argent tel que nous le connaissons leur est inconnu, on mesure la richesse d'une famille en fonction du nombre de vaches qu'elle possède.  Offrir une vache lors d'une occasion tel une cérémonie religieuse, ou un mariage, est un acte hautement symbolique, renforçant ainsi les liens sociaux. Les peuples Himba ont un lien affectifs avec leur animaux, donnant un nom à chaque vaches en fonction de leur caractères ou de leur couleurs. Le lait à la base de leur alimentation est considéré comme un lien divin entre la vache et les humains qui les vénèrent.
 
  La tribu Himba est aussi une culture unique au monde de par l'apparence et l'esthétique. Les hommes ont des coiffures très simple, et une fois mariés ils portent très souvent des turbans. Les femmes quand à elles, ont des coiffures différentes, selon leur âge, leur statut marital et leur fonctions propres au sein de la tribu. 
Généralement les cheveux des femmes sont tressés et recouverte d'un mélange de lait et d'ocre. Elles portent des bijoux comme des bracelets ou des colliers en corne de bovins ou en fer. Plus rarement avec des coquillages.

  Pour les Himbas, le troupeau est l’âme de leur société.
  D'autres peuples africains comme les Maasai du Kenya vénèrent aussi les vaches.


  De nos jours, cette société est menacée d'un côté par la mondialisation, les sécheresses et des projets de développement, tel celui d'un barrage qui recouvrirait d'eau sur des centaines de kilomètres carré, où les Himbas vivent et se déplacent. Parallèlement à ça, certains d'entre eux ont abandonné le mode de vie traditionnel pour la vie moderne. 

  Ce modèle civilisationnel est un exemple de résistance culturelle face a tout les changements qu'apportent le monde contemporain. 


10 juillet 2011

Anthropologie : Rites amoureux, d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui.










  


  En se penchant sur les rites amoureux et les codes de séduction des peuples du monde, les anthropologues et ethnologues occidentaux ont découvert que, d'un pays à l'autre, ils changent selon d'infinies variations. 

  S'il est un domaine où la mondialisation n'uniformise pas, c'est bien dans le registre des relations amoureuses ! 

  Ainsi, comme nous le rappelle l'anthropologue Vaughn Bryant, "un acte en apparence aussi élémentaire que le baiser sur la bouche est ignoré d'une partie de la planète : les Inuits et certaines tribus du Pacifique préfèrent s'enivrer des parfums secrétés par les glandes de la peau en se frottant le nez contre le visage de leur partenaire". 

  De Bougainville à Gauguin, jusqu'à Alexandre Jardin, combien d'hommes ont nourri nos imaginaires de sensualités exotiques ? 

  Même si, comme nous le rappelle Mircea Eliade, toutes les cultures reposent sur le mythe du paradis perdu, notre intérêt pour la liberté d'expression des corps dans de nombreuses cultures exotiques ou primitives témoigne des silences et interdits que le christianisme a fait peser sur la nôtre… 

  Pour Jean-Pierre Otto, l'Occident a beaucoup à apprendre du reste du monde et notamment des sociétés primitives dans lesquelles il y a selon lui "une approche, plus lente de l'autre, plus fine, et où la sexualité est toujours investie de sensualité". 

  Sensualité, ou l'art d'éveiller les sens au plaisir comme chez les Mendis, en Nouvelle-Guinée, qui aiment se retrouver dans une case dont le sol est couvert de flocons de canne à sucre mâchée. Assis sur le sol, ils se frôlent délicatement en s'accompagnant de chants, puis lentement le rythme s'accélère jusqu'à l'enlacement. 

  Au Nord, les Inuits, bien au chaud dans leur igloo, préfèrent s'enduire le corps de graisse de phoque. Une fois les ébats terminés, ils se laveront à l'urine. 

 La séduction a partout sa place et partout des critères différents. Selon les peuples, elle se concentre sur un, plusieurs ou sur l'ensemble des sens. 
  
  Ainsi, une scarification sur le ventre de la jeune fille Sara (tribu nomade du Tchad) dont la plaie, saupoudrée de cendres, prendra du relief en cicatrisant, deviendra un motif à la fois esthétique et érotique destiné à troubler les regards. Au Sénégal, le petit pagne ou « bethio » remporte tous les suffrages, y compris chez les jeunes femmes les plus modernes. Entre copines et cousines, elles se réunissent pour danser et désigner celle qui a la plus belle parure sous les regards intéressés des percussionnistes. Un parfum concocté à partir d'encens ainsi qu'une ceinture de perles s'ajoutent pour ravir les nez et titiller les oreilles. 

  Ailleurs, on privilégie certaines boissons pour parfumer sa transpiration, on se blanchit la peau comme le font les jeunes filles indonésiennes. On se couvre de tatouages, on offre à l'homme un aperçu de ses fragrances intimes comme chez les nomades Noubas, au sud du Soudan, qui organisent chaque année une danse rituelle au cours de laquelle, vêtue d'une ceinture tressée, les jeunes femmes choisissent un compagnon en posant la jambe sur l'épaule de celui-ci, lui adressant ainsi un message olfactif. 

  Autant de rites pour séduire les sens et les éveiller, et dans cette diversité une constante : la sensualité. 

  Ici comme ailleurs, le mythe originel de la culture imprègne bien souvent les rites amoureux. S'il est difficile de déterminer de quelle façon la rencontre d'Adam et Ève influence encore les amours chrétiens, dans les îles Banks ou en Malaisie, les parades amoureuses miment encore la création du monde. Au son du pipeau, les peuples réinterprètent la danse à laquelle Dieu les invita en les créant. 

  Les Maoris vivent, quant à eux, au rythme du mythe selon lequel l'amour initie à des parties inconnues de soi-même. Chez ce peuple, où l'expression du désir est extrêmement riche, faire l'amour avec des partenaires différents, c'est donc apprendre à devenir soi-même. 

  En manque d'imagination ? Demandez à ces tribus du nord de la Nouvelle-Guinée de vous parler de leur catalogue des soixante-dix programmes amoureux et sensuels. Transmis oralement depuis la nuit des temps, ces programmes viennent pimenter leurs amours ; pour décider de celui qu'ils mettront en pratique, les deux amoureux potentiels doivent tomber d'accord au cours de discussions qui peuvent durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Hommes et femmes peuvent pratiquer des parties différentes du programme avec des partenaires différents. Changer de mari pour les femmes qui se considèrent mal mariées ? 

  Une tribu du Niger le propose au cours d'un concours de beauté masculin qui se déroule à la fin de la saison des pluies. Les hommes, travestis, se maquillent en femmes et s'élancent dans une danse devant un jury uniquement composé de femmes. Montrant leurs dents dans un sourire figé, écarquillant les yeux pour qu'on en aperçoive le blanc, signe de bonne santé, cette fête peut durer six jours et six nuits.

  Preuve de la diversité et des étrangetés culturelles, certains peuples survivent en pratiquant des rites amoureux étonnants. Ainsi, chez les Kalash, au Pakistan, hommes, femmes et enfants se travestissent au cours de la fête Chamos et se livrent à un tournoi d'insultes sexuelles. C'est la période d'abstinence hivernale et le « langage de la bite » disent les Kalash sert à resserrer les liens et à régénérer les forces vitales. 

  On trouve chez de nombreuses ethnies d'Océanie et d'Afrique noire un mythe selon lequel le monde aurait été créé par des humains qui, à l'aide de cordes et de poulies, auraient séparé le ciel et la terre, conférant à leurs héritiers la mission de les réunir à nouveau en s'unissant par l'amour. 

  Amour comme alliance cosmique rappelant le Banquet de Platon et l'union parfaite de ces êtres dont Zeus punit l'insolence en les coupant en deux, marquant ainsi nos consciences au fer rouge du mythe de l'âme sœur. 

  L'autre mythe qui a marqué profondément nos mœurs, c'est celui de Noé qui en rejetant toute animalité sur les bêtes a coupé la parole à nos corps, déjà meurtris par le péché originel. 

  Si pour les Grecs, la passion est une aliénation, pour les Romains, un homme amoureux est considéré comme faible. 

  Pour le christianisme, l'amour trop ardent est un péché. Jusqu'au XVIIIe siècle, la population est essentiellement rurale et les femmes restent des objets de transaction dans les mariages arrangés. Pourtant, dès le XIIIe siècle, on célèbre déjà la Saint-Valentin, fête du valentinage, du solstice d'été ou encore fête de mai, période pendant laquelle les épouses peuvent se jeter au cou de leur galantin ; ces fêtes permissives accordent un espace ponctuel où les règles peuvent être transgressées et où le plaisir peut pour un temps s'épanouir. Cette coutume, venue du nord, sera réprimée par l'église et la morale bourgeoise pour ne plus tolérer qu'un adultère sentimental à l'orée de la période romantique. 

  Le siècle des Lumières, qui fait revenir le corps et ses désirs au premier plan, va donner l'impulsion au processus d'individualisation. Avec la révolution de 1789, le puritanisme bourgeois succède au libertinage aristocratique, et avec lui, le romantisme va porter les sentiments aux nues. 

  Le XXe siècle marquera la naissance de l'alliance du mariage et de l'amour romantique. Jusque dans les années cinquante, lorsqu'une demoiselle plaît à un monsieur, celui-ci lui fait la cour suivant un rite social très codifié avec la panoplie de cadeaux, de compliments et de propos romantiques. S'il se sent perdu, l'Église met à sa disposition un bréviaire qui lui indique la marche à suivre. 

  "L'imagination au pouvoir" scandera la révolution sexuelle quelques années plus tard. 

  La démocratisation de la contraception avec la pilule sonne le glas de l'amour chrétien et agricole ; la sexualité s'émancipe de la procréation, nos rites amoureux vont s'en trouver bouleversés. La révolution sexuelle et l'émancipation féminine sont passées par là, l'art de la conquête à l'aube du XXIe siècle est devenu subtil et complexe. Grâce aux diverses possibilités de contraception et à leur démocratisation, la sexualité sert davantage à resserrer les liens affectifs. Exit la drague, née de la société de consommation et de la libération des mœurs, exit l'esbroufe, l'heure est à la séduction. Alors que le laps de temps s'était extrêmement réduit entre la rencontre et le passage à l'acte, le flirt « nouveau » réintroduit de la durée pour que séduction et fantasmes puissent exister. 

  Si la séduction semble moins sexuelle, chacun est clairement sexué. Les adolescentes se parent de vêtements près du corps et tout en transparence, en prenant soin d'éviter la vulgarité ; leurs corps se dévoilent laissant apparaître bijoux et tatouages ; de leur côté, les garçons utilisent davantage produits de beauté et parfums, et s'adonnent au shopping. 

  La démocratisation d'Internet multiplie les occasions de rencontres et révolutionne l'art épistolaire, c'est le retour du billet doux, mais celui-ci est plus humoristique et suggestif que romantique. 

  Après la révolution sexuelle et la transgression des tabous, les femmes ont acquis une nouvelle liberté de parole et d'attitude, ce qui leur ouvre de nouvelles possibilités de séduction, la beauté n'est plus le seul faire-valoir ; elles ont acquis leur indépendance économique, balayant dans l'élan le pilier sur lequel l'homme se reposait. 

  La libération sexuelle a compliqué la donne, désormais, on s'observe, on s'effleure en laissant planer le doute, on rit en cultivant l'ambiguïté et l'incertitude. 

  Pour Boris Cyrulnik, éthologue et psychiatre, "la nouvelle valeur de séduction est l'intelligence au sens large, fini le tape-à-l'œil, l'heure est à la délicatesse et au raffinement". 

  Les fêtes et dîners entre amis sont les terrains intimes où peut s'exercer la séduction, à ces occasions, les femmes n'hésitent plus à engager la conversation. Cependant, en France et en Corse, aujourd'hui, c'est toujours l'homme qui propose et la femme qui dispose, laissant à l'homme le soin de faire le premier pas. Si les rites amoureux se transforment, les 18-35 ans sont 83 % à voir dans le mariage un engagement pour la vie dont la première motivation est l'amour (étude BVA, janvier 2005). 

  Héritiers à la fois des Lumières et des romantiques, individualistes souffrant de "solitude existentielle" nous voici épris d'amour dans une société dépolitisée et dépassionnée, enfants de la libération sexuelle, encore engoncés dans des corps dont la sensualité reste freinée par de nombreux tabous, nous voici, alchimistes de nouveaux rites amoureux. 

  Des chats au speed dating, dans les sociétés industrialisées, jamais le nombre de célibataires n'a été si important. 

  Si chaque pays possède ses particularités amoureuses, certains rites s'internationalisent. L'heure est au speed dating, à « l'amour-Internet », aux sms et aux obligations de la Saint-Valentin. New York, capitale mondiale des célibataires, est également la capitale du blind date, rendez-vous à l'aveugle organisé par des amis communs. 

  Marque d'une civilisation pragmatique qui refuse la fatalité du célibat, le blind date est l'antidote à l'incertitude des petites annonces et à la difficulté de la rencontre. Tokyo détient le record du nombre d'agences de rencontres avec 5 000 agences. 

  À Tokyo comme à Québec, les femmes prennent de plus en plus les choses en main devant l'apathie de la gent masculine. Partout, Internet et ses sites de discussions, ses sites de rencontres et ses chats, gagne du terrain. Chaque jour, des centaines de milliers de personnes de nationalités différentes tentent le choc des cultures en se rencontrant virtuellement et elles sont de plus en plus nombreuses à passer le cap du virtuel pour se rencontrer réellement. Rencontres qui deviennent autant de nouvelles occasions de voyages et qui, parfois, se transforment en histoires d'amour. 

  Saviez-vous que le blaireau, animal monogame doit chaque année reconquérir sa compagne au printemps ? Nature ou culture ? 

  Pour Diderot, "il y a un peu de testicules au fond de nos sentiments les plus sublimes et de nos tendresses les plus épurées". Les "amours primitifs", nous rappellent l'intérêt central du sexe, puisque, ainsi que l'explique Malinowski, "il structure vie sociale, religieuse et matérielle. 

  Première leçon : même dans les sociétés les plus licencieuses en apparence il y a des règles, des tabous interdisant l'accès à un certain type de partenaires. Le sexe n'est ni sale, ni obscène, il est central". Nos religions monothéistes, pour s'imposer, ont prétendu le contraire, coinçant nos corps et abîmant nos esprits dans la culpabilité et la honte. 

 Preuve de la multiplicité des mondes qui se côtoient, aujourd'hui encore, deux millions de femmes subissent chaque année l'excision pour des motifs religieux. 

  Si l'essentiel des mariages sur terre sont encore arrangés, l'individualisation de nos sociétés pousse aujourd'hui l'homme et la femme à se réaliser pleinement ce qui entre en contradiction avec l'idéal romantique de la fusion amoureuse. Vivre ensemble tout en continuant d'exister pleinement en tant qu'individus différents, voici le défi que nous propose de relever la crise de la conjugalité et l'explosion du nombre des divorces dans nos sociétés. 

  Les nouveaux rites amoureux s'inventent en ce moment même et progressivement nous revenons sur nos rigidités culturelles : fidélité sexuelle, jalousie et possessivité sont autant de comportements hérités de nos cultures agricoles. 

  Dans nos sociétés de plus en plus virtuelles, ces schémas rigides auront-ils toujours raison d'être ? 
  
  Bientôt nous vivrons en bonne santé jusqu'à cent-vingt ans, continuerons-nous de souhaiter partager notre vie avec une seule personne ? 

  La communauté gay ouvre la voie des amours de demain avec les grandes fêtes païennes et populaires que sont devenues les Gay Pride au cours desquelles, hétérosexuels, transsexuels et homosexuels convoient ensemble dans une ambiance internationale chaleureuse, amoureuse et festive.

  L'homosexualité encore condamnée par de nombreuses religions, gagne chaque année en légitimité et s'approprie les formes de romantisme et de conjugalité de l'hétérosexualité. 

  Le développement du tourisme international ou la mondialisation ne réduiront pas la diversité des rites amoureux, ils en multiplieront sans doute le nombre. 

  C'est la mondialisation de la contraception qui, petit à petit, bouleverse chaque culture en libérant la femme de l'emprise patriarcale, en même temps qu'elle libère la sexualité de l'emprise de la procréation.

6 juillet 2011

Anthropologie : Les Papous de Papouasie-Nouvelle-Guinée








  Les Papous ont depuis longtemps, une bien mauvaise réputation, à juste titre. 

  Leur nom Papous viens du Portugais qui ont été les premiers occidentaux en contacts avec eux, il veut dire "crépu" en référence a leur chevelure. 

  Ils sont aux antipodes de l'Europe géographiquement et culturellement, installés en Nouvelle-Guinée depuis moins de 50 000 ans. Ce sont avant tout des chasseurs et des agriculteurs. 

  Accusés d'anthropophagie et noir de peaux, certains les confondes avec les africains, mais ils sont océaniens. La pratique occasionnelle de l'anthropophagie est liée à un rite magique d'appropriation de la force vitale de l'adversaire tué. 
  
  L'organisation sociale de ces tribus repose su l'affiliation parentale, remontant jusqu'à un ancêtre commun. 

  Cette civilisation est d'autant plus spectaculaire au vues de la psyché collective occidentale, que chaque mort s'accompagne d'une pratique de conservation des crânes. Ceux des ennemis dans "la maison des hommes", ceux de leur familles, dans leur propres maison, ils leur servent d'oreiller. Le crâne censé renfermer l'âme de l'être, et aide donc le Papous a prendre des bonnes décisions concernant ses affaires. 

  La guerre et la chasse sont partie prenante du quotidien des hommes, tandis que les femmes pratiquent l'agriculture et l'élevage de cochons. Aussi quotidiennement les hommes se regroupent dans une maison, et les jeunes hommes y entrent uniquement pour l'initiation, permettant à ceux ci de s'agréger au groupe des hommes, capables de prendre les bonnes décisions pour le bien de la communauté. Toutefois, dans une tribus qui s'appelle les Sépik, pour devenir un homme il faut sauter d'un promontoire de 20 à 30 mètres de haut, la tête la première.