Le zoroastrisme est l’une des plus anciennes religions monothéistes connues de l’humanité, née sur les hauts plateaux iraniens bien avant l’Antiquité classique. Fondée par le prophète Zarathoustra (ou Zoroastre, selon la tradition grecque) cette pensée religieuse et philosophique a profondément marqué l’histoire spirituelle du monde, bien au-delà de son nombre actuel de fidèles. Elle apparaît dans un contexte de sociétés indo-iraniennes polythéistes et propose une rupture radicale : l’idée d’un dieu suprême, unique, porteur d’un ordre moral universel.
Au cœur du zoroastrisme se trouve Ahura Mazda, divinité de la sagesse, de la lumière et de la vérité. Il n’est pas un dieu lointain ou arbitraire, mais l’incarnation du Bien, engagé dans une lutte cosmique contre le mensonge, le chaos et la destruction. Cette opposition fondamentale structure toute la vision du monde zoroastrienne et se manifeste à travers le dualisme moral entre Asha, l’ordre juste et harmonieux, et Druj, le mensonge et la corruption. L’être humain, loin d’être passif, est appelé à choisir son camp par ses pensées, ses paroles et ses actes. La dimension éthique du zoroastrisme est centrale et étonnamment moderne. La devise « bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions » résume une morale active, où chaque individu participe au combat cosmique par son comportement quotidien. Il ne s’agit pas de renoncer au monde ou de se retirer dans l’ascèse, mais au contraire de vivre pleinement, de travailler, de créer et de protéger la vie sous toutes ses formes. La nature, les éléments et le feu en particulier sont respectés non comme des divinités, mais comme des symboles de pureté et de vérité.
Les textes sacrés du zoroastrisme sont rassemblés dans l’Avesta, un corpus composite transmis oralement pendant des siècles avant d’être mis par écrit. On y trouve les Gathas, hymnes attribués directement à Zarathoustra, qui constituent le cœur spirituel et philosophique de la religion. Leur langage poétique, parfois énigmatique, révèle une pensée profonde sur la responsabilité humaine, le temps, le jugement et la destinée de l’âme après la mort. Le zoroastrisme introduit ainsi des concepts majeurs comme le jugement individuel, le paradis, l’enfer et la résurrection finale.
Historiquement, le zoroastrisme fut la religion dominante de plusieurs grands empires perses, notamment sous les Achéménides, les Parthes et les Sassanides. Il influença profondément l’administration, le droit et la vision politique du pouvoir, notamment à travers l’idée d’un roi garant de l’ordre cosmique. Son rayonnement s’étendit bien au-delà de la Perse, laissant des traces visibles dans le judaïsme post-exilique, puis indirectement dans le christianisme et l’islam, en particulier sur les notions d’anges, de démonologie et de fin des temps. Avec la conquête arabe et l’islamisation de la Perse, le zoroastrisme entra dans une longue période de déclin, sans jamais disparaître totalement. Aujourd’hui, ses communautés subsistent principalement en Iran et en Inde, où les Parsis ont su préserver leurs traditions, leurs rites et leur identité. Malgré leur faible nombre, les zoroastriens continuent de porter une vision du monde fondée sur la responsabilité morale, le respect de la création et l’espoir d’un triomphe final du Bien.
Le zoroastrisme apparaît ainsi comme une religion-pont, à la croisée des mythes anciens et des grandes spiritualités monothéistes. Il propose une vision lumineuse et exigeante de l’existence, où le sens de la vie ne se trouve ni dans la soumission aveugle ni dans la peur, mais dans le choix conscient de la vérité. À travers les siècles, cette foi discrète mais puissante rappelle que le combat entre la lumière et l’ombre ne se joue pas seulement dans le ciel ou les textes sacrés, mais dans chaque geste humain, chaque décision, chaque instant vécu.

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