Septime Sévère naît en 145 après J.-C. à Lepcis Magna, une cité florissante de l’actuelle Libye. Issu d’une famille provinciale romanisée, il incarne déjà une Rome en pleine mutation : l’Empire n’est plus seulement dirigé par des élites italiennes, mais par des hommes venus de ses marges, nourris de cultures multiples. Très tôt attiré par la carrière publique, il gravit les échelons du cursus honorum avec une ténacité remarquable, se forgeant une solide réputation d’administrateur rigoureux et de chef militaire compétent.
L’année 193 marque un tournant décisif. Connue comme l’« année des cinq empereurs », elle plonge Rome dans le chaos après l’assassinat de Commode. Tandis que les prétendants se disputent le pouvoir, Septime Sévère, alors gouverneur de Pannonie, est proclamé empereur par ses légions. Plus qu’un coup de force, son ascension repose sur un principe clair : le pouvoir impérial doit s’appuyer sur l’armée. Cette conviction guidera toute sa politique. Une fois à Rome, il élimine ses rivaux avec méthode et rapidité. Mais loin de se contenter d’une victoire militaire, Septime Sévère s’emploie à légitimer son règne. Il se rattache symboliquement à la dynastie des Antonins, se présentant comme l’héritier de Marc Aurèle. Ce geste politique habile lui permet de rassurer le Sénat tout en consolidant son autorité auprès du peuple. Son règne marque une transformation profonde de l’Empire. Il renforce considérablement le rôle de l’armée, augmente la solde des soldats et leur accorde des droits inédits, notamment celui de se marier légalement. Ces mesures assurent leur fidélité, mais fragilisent l’équilibre financier de l’État. Le Sénat, quant à lui, voit son influence diminuer au profit de l’autorité impériale, désormais plus directe et plus autoritaire.
Septime Sévère est aussi un empereur bâtisseur. À Rome, il laisse l’un des monuments les plus spectaculaires du Forum : l’arc de Septime Sévère, érigé en 203 pour célébrer ses victoires contre les Parthes. À Lepcis Magna, sa ville natale, il lance un vaste programme architectural qui transforme la cité en vitrine de la puissance romaine en Afrique. Ces constructions ne sont pas de simples ornements : elles sont des manifestes de pierre, affirmant l’unité et la grandeur de l’Empire. Sur le plan militaire, son règne est marqué par des campagnes incessantes. Il sécurise les frontières orientales, écrase les Parthes, puis se tourne vers la Bretagne romaine, où il mène une rude guerre contre les peuples du nord. C’est là, à Eboracum (l’actuelle York), qu’il s’éteint en 211. Selon la tradition, ses derniers mots à ses fils résument sa vision du pouvoir : « Soyez unis, enrichissez les soldats et méprisez tous les autres. »
Son héritage est contrasté. Fondateur de la dynastie des Sévères, il laisse un Empire plus centralisé, plus militarisé, mais aussi plus fragile économiquement. Pourtant, son règne marque une étape essentielle de l’histoire romaine : celle où l’Empire assume pleinement sa diversité, gouverné par un homme venu d’Afrique, parlant plusieurs langues, à l’aise aussi bien dans les camps militaires que dans les cercles intellectuels.
Septime Sévère demeure ainsi une figure fascinante : à la fois restaurateur de l’ordre après le chaos et annonciateur des mutations profondes du IIIᵉ siècle. Un empereur dur, visionnaire, parfois impitoyable, mais indissociable de cette Rome tardive qui, tout en se transformant, refusait encore de disparaître. Son règne marque le moment où l’Empire cesse d’être une construction fragile reposant sur le consensus des élites, pour devenir une machine de pouvoir fondée sur la force, la loyauté militaire et la centralisation. En consolidant l’autorité impériale, il en révèle aussi les failles futures, ouvrant la voie aux crises qui secoueront Rome après sa mort. Septime Sévère n’a pas seulement gouverné un Empire en transition : il a incarné cette transition, avec ses promesses de stabilité et ses germes de déclin.

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