Dans l’histoire criminelle mondiale, bien peu de noms évoquent autant de fascination et d’effroi que celui de Pablo Escobar. Né dans une famille modeste près de Medellín, il deviendra en quelques années le narcotrafiquant le plus riche et le plus puissant du XXe siècle, transformant la Colombie en épicentre du commerce mondial de cocaïne. Son ascension est si fulgurante qu’elle ressemble à un scénario de film, sauf qu’ici, tout était réel, violent et souvent extravagant. Au sommet de son empire, Escobar gagnait des dizaines de millions de dollars par jour. Le magazine Forbes l’a même classé parmi les hommes les plus riches du monde. Il stockait tellement d’argent liquide qu’il en perdait environ 10 % chaque année, rongé par les rats ou moisi dans des cachettes improvisées. L’une des anecdotes les plus célèbres raconte qu’en cavale dans la montagne, il aurait brûlé près de deux millions de dollars en billets pour réchauffer sa fille transie de froid. Pour lui, l’argent n’était qu’un outil jetable.
Quand l’État colombien tenta enfin de l’arrêter, Escobar proposa un marché hallucinant : il acceptait d’être emprisonné, à condition de construire lui-même sa prison. Résultat : La Catedral, une “prison” qui ressemblait à un complexe de vacances. Elle comportait bar, discothèque, terrain de football et vue panoramique sur la vallée. Il continuait d’y diriger son cartel, organisait des fêtes et y recevait ses complices. Quand les autorités décidèrent finalement de le transférer dans une vraie prison, il s’évada simplement… par la porte arrière. Dans son immense domaine, Hacienda Nápoles, Escobar possédait un zoo privé avec girafes, éléphants, zèbres et hippopotames importés clandestinement. Après sa mort, les hippos ont survécu et se sont reproduits dans la nature. Aujourd’hui encore, leurs descendants vivent à l’état sauvage en Colombie — un héritage biologique direct du narcotrafiquant.
Escobar n’était pas seulement extravagant : il était impitoyable. Son slogan était simple : “Plata o plomo” (l’argent ou le plomb). Autrement dit, un pot-de-vin ou une balle. Il a financé assassinats, attentats à la bombe et enlèvements à grande échelle. Il a même offert des primes pour chaque policier tué. Dans les années 1980, son cartel était responsable d’une grande partie des violences qui ravageaient le pays. L’agence américaine DEA le considérait comme l’ennemi public numéro un. Derrière la légende du narco extravagant se cachait un terroriste capable d’attaques d’une brutalité extrême.
Quelques exemples :
- Attentat contre le bâtiment du DAS (1989) : une voiture piégée explose devant le siège des services secrets. Bilan : 63 morts et plus de 600 blessés. L’onde de choc pulvérise les façades sur plusieurs rues.
- Explosion du vol Avianca 203 : une bombe placée dans l’avion tue les 107 passagers. La cible réelle était un candidat présidentiel qu’Escobar croyait à bord.
- Campagne de terreur urbaine : voitures piégées, assassinats de juges, journalistes et policiers, attentats coordonnés… certaines villes vivaient littéralement sous un régime de guerre officieuse.
Ces attaques ont profondément marqué l’histoire moderne de l’Amérique latine et montrent que sa violence dépassait celle d’un simple trafiquant.
Autour d’Escobar circulent quantité d’histoires presque incroyables. Certaines sont vérifiées, d’autres relèvent du folklore criminel. On sait en revanche qu’il faisait exécuter des traîtres sur son propre terrain de football et qu’il cachait de l’argent dans les murs, les planchers et même les tombes. Après une traque internationale gigantesque, Escobar est localisé en 1993 dans un quartier de Medellín. Tentant de fuir par les toits, il est abattu lors d’un échange de tirs. Sa mort marque la fin d’une ère, mais pas celle du narcotrafic en Amérique latine.
Pablo Escobar n’était pas seulement un criminel : c’était un phénomène historique mêlant richesse démesurée, violence politique et mise en scène permanente. Son existence dépasse la fiction tant elle accumule excès et contradictions. Bienfaiteur pour certains quartiers pauvres, tyran sanguinaire pour le reste du pays, il a laissé derrière lui une légende noire qui fascine encore. Ses hippopotames errants, ses cachettes d’argent et les récits de sa prison de luxe entretiennent ce mythe. Plus de trente ans après sa mort, il demeure l’archétype du baron de la drogue, extravagant, redouté et tragiquement réel.

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