L’ère Sengoku, souvent traduite par « période des provinces en guerre », désigne l’une des phases les plus fascinantes et violentes de l’histoire japonaise. Elle s’étend approximativement de 1467 à 1603 et commence avec la guerre d’Ōnin, un conflit majeur qui éclate à Kyoto et provoque l’effondrement de l’autorité centrale du shogunat Ashikaga. Le pays se fragmente alors en dizaines de territoires dominés par des seigneurs féodaux appelés daimyō, chacun cherchant à étendre son influence par la guerre, les alliances et la ruse politique.
Dans ce Japon morcelé, les structures sociales et militaires se transforment profondément. Les samouraïs deviennent la colonne vertébrale des armées régionales, tandis que les paysans sont parfois enrôlés comme fantassins. Les forteresses se multiplient, souvent construites sur des collines ou des montagnes pour résister aux sièges. L’architecture militaire évolue rapidement, donnant naissance à des châteaux massifs dont certains existent encore aujourd’hui, comme celui d’Osaka Castle, symbole de puissance et de prestige. Trois figures dominent la fin de cette époque tumultueuse. Le premier est Oda Nobunaga, stratège impitoyable qui entreprend l’unification du Japon par la force. Il modernise l’armée en introduisant massivement les arquebuses portugaises et brise le pouvoir des grandes institutions religieuses armées. Après son assassinat, son fidèle général Toyotomi Hideyoshi poursuit l’œuvre d’unification. D’origine modeste, il parvient à soumettre la plupart des daimyō et lance même des invasions ambitieuses en Corée, qui épuisent cependant les ressources du pays. Enfin, Tokugawa Ieyasu achève le processus après sa victoire décisive lors de la Battle of Sekigahara, événement militaire déterminant qui lui ouvre la voie au pouvoir suprême. La société sengoku est marquée par une culture du pragmatisme et de la loyauté stratégique. Les alliances changent rapidement, et les trahisons sont fréquentes. Les codes d’honneur existent, mais ils sont souvent subordonnés à la survie politique. Pourtant, cette période n’est pas seulement guerrière : elle voit aussi un essor culturel notable. Le théâtre nō, la cérémonie du thé et l’esthétique zen se développent, encouragés par certains seigneurs qui cherchent à légitimer leur autorité par le raffinement artistique autant que par la victoire militaire.
Le commerce international connaît également un tournant. Les premiers contacts avec les Européens ( notamment Portugais et Espagnols ) introduisent de nouvelles technologies, des armes à feu, ainsi que le christianisme. Certains daimyō se convertissent pour obtenir des avantages commerciaux, tandis que d’autres y voient une menace pour l’ordre social. Cette ouverture contrôlée préfigure les débats qui marqueront l’époque suivante. En 1603, lorsque Tokugawa Ieyasu devient shogun et installe son gouvernement à Edo, l’ère Sengoku prend officiellement fin. Commence alors la période Edo, caractérisée par plus de deux siècles de paix relative et d’isolement politique. Pourtant, c’est bien l’ère Sengoku qui a façonné le Japon féodal tel qu’on l’imagine aujourd’hui : un monde de châteaux, de stratèges militaires, de samouraïs et de rivalités sanglantes.
Ainsi, cette époque demeure une source inépuisable d’inspiration pour la culture populaire ( romans, films, jeux vidéo ) et fascine encore historiens et passionnés. Elle incarne l’image d’un Japon en transition, brutal mais créatif, où le chaos a paradoxalement préparé l’unité et la stabilité futures.

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